Mohamed VI : Quel changement ?

Résumé Chacun a pu être frappé par la rapidité et la netteté des premiers gestes et décisions du nouveau souverain marocain après la mort de son père, le 23 juillet 1999. Dès les funérailles, contacts directs avec la population, comme pour couper une relation de peur réciproque; premier discours, le 30 juillet, avec un souci affiché envers les pauvres et les femmes; accueil officiel, le 3 septembre, de l’opposant Abraham Serfaty, poursuivi, emprisonné, puis banni par Hassan II, notamment parce qu’il ne reconnaît pas « la marocanité incontestable du Sahara occidental » érigé en dogme auquel il fallait adhérer pour éviter la répression et pouvoir participer à la vie politique officielle ; voyage plébiscite du nouveau roi de Casablanca à Oujda, du 10 au 20 octobre, en passant notamment par les zones du Rif traditionnellement hostiles à l’ancien roi et, par représailles, ostensiblement délaissées par ce dernier ; enfin, réduction des attributions du ministre de l’Intérieur, Driss Basri, après les émeutes d’El Ayoun (Sahara occidental) de septembre, durement réprimées selon l’ancienne tradition policière, puis, le 8 novembre, limogeage de cet homme qui, pour le compte d’Hassan II, était chargé des dossiers les plus délicats : notamment le Sahara occidental, le contrôle des populations et des territoires et, peut-être, aussi, ce que Hassan II avait appelé son « jardin secret », à savoir la répression, la terreur organisée, les longues rancunes et les terribles vengeances toujours justifiées par la consolidation du trône et l’unité du royaume, de Tanger jusqu’à la frontière mauritanienne. Le nouveau roi éloigne les rumeurs, les préjugés anti-peuple, le climat de peur. Et il entend être à son tour, mais d’une manière plus proche et plus tolérante, à son tour pleinement le « patron ». – Le sommaire de l’AFRI 2000