L’Europe à 25

EDITORIAL

L’Europe, la construction européenne, laissent souvent les Européens perplexes. De quoi s’agit-il exactement ? Quelle est l’identité de cet ensemble toujours inachevé, quel est le bilan de ce chantier, quel est le dessein final de l’architecte – et d’ailleurs y a t-il un architecte ? Pourquoi faut-il changer nos habitudes pour de nouvelles règles dont l’origine paraît mystérieuse sinon vaguement hostile, pourquoi faut-il sans arrêt se pousser pour faire une place à de nouveaux arrivants, pourquoi faut-il toujours sembler éprouver optimisme et espérance à l’égard d’une entreprise qui semble bien anonyme ? Les drapeaux sont plus nombreux qui flottent au vent, les interrogations et les problèmes aussi.

Ces réactions fréquentes, cette indifférence mêlée d’ennui ou d’agacement vont de pair avec l’absence de tout débat public européen sur ces questions – débat public européen, il faut le préciser, mais il en va de même pour les débats publics nationaux, dans lesquels l’Europe n’occupe qu’une place mineure. On trouve nombre de spécialistes, d’érudits et de techniciens capables d’analyser la complexité de l’entreprise, mais leur savoir est sans prise sur l’opinion. Ni les pouvoirs publics, ni les universités ou les centres de recherche n’ont constitué les réseaux transnationaux qui auraient permis une discussion créative et ouverte sur le sens et l’avenir de la construction européenne, alors qu’elle est l’entreprise la plus brillante, la plus réussie, la plus prometteuse dans les relations internationales depuis un demi-siècle.

Mais l’Europe est vite oublieuse de ses réussites pour se précipiter dans de nouveaux défis. L’élargissement à vingt-cinq, thème du présent dossier, en est un. Il succède à l’Euro, il est loin d’être le dernier, puisque celui de la Constitution le suit de près, avant de nouveaux élargissements, de pair avec la politique étrangère, de sécurité et de défense, etc .. L’Union n’entre certes plus dans l’avenir à reculons, mais l’âme européenne semble souvent nostalgique d’un passé pourtant bien lourd d’échecs et de fautes. L’âme européenne … Existe t-elle en dehors de la littérature et de la philosophie, en dehors de l’esthétique ? Y a t-il même une opinion publique européenne qui transcenderait les différentes opinions publiques nationales ?

Si les votes sont un moyen de capter ces opinions et de les ennoblir par une expression solennelle, il est clair que les procédures en vigueur mettent au premier plan préoccupations et timidités nationales – parfois même traduisent le refus du développement de la construction européenne. L’Europe a beaucoup de mal à se percevoir par rapport à elle-même. Combien d’Européens, même convaincus, tournent leurs regards vers le Nouveau Monde plus que vers leur propre avenir, et attendent davantage de la relation transatlantique que de l’Union ! Et pourtant, de crise surmontée en obstacle levé, l’Union avance. La crise iraquienne par exemple a favorisé la manifestation de cette opinion publique européenne – même si c’était sur un thème négatif et ambigu, le refus de la guerre. Faudra t-il à l’Union des adversaires pour qu’elle se révèle à elle-même ?

Dans ce contexte international dangereux, on trouve la prolifération des armes de destruction massive, objet d’un autre article, ou encore le terrorisme international, qui sera le thème de notre prochain dossier. Pour le reste, on trouvera dans cette livraison de Questions internationales, les rubriques habituelles, Documents de référence et Questions internationales à l’épreuve, qui prolongent la thématique européenne.