Continuons notre réflexion sur les crises et les conflits d’aujourd’hui, sur
leurs éléments déclencheurs, sur leur nature, sur leurs acteurs, sur les changements qu’ils induisent, sur les solutions apportées par la « communauté
internationale ». L’année dernière, nous nous étions arrêtés sur les deux
extrêmes du continuum de la gestion des crises qu’est le maintien de la paix
mené par les Nations Unies aujourd’hui : la question de l’usage de la force
armée et le défi de la consolidation de la paix sociale. Nous avions évoqué
le cas de la crise socio-politique népalaise et du renouveau du maoïsme
révolutionnaire. Cette crise a connu, en 2006-2007, une évolution inattendue, par la signature d’un accord de paix ; suite à la demande d’assistance
officielle du gouvernement népalais et l’Accord de paix global du 21 novembre 2006 conclu entre les principaux partis politiques et le mouvement
d’insurrection maoïste (Parti communiste népalais), le Conseil de sécurité a
décidé, par la résolution 1740 du 23 janvier 2007, d’établir une mission
politique des Nations Unies au Népal afin d’appuyer le processus de paix,
de surveiller la gestion des armements et du personnel de l’armée népalaise
et des maoïstes et d’aider au processus électoral de l’Assemblée consti-
tuante.
Cette année, nous avons voulu porter un éclairage sur un conflit
« identitaire » vieux de plus de vingt ans, le Sri Lanka, et un lieu potentiel
de crise, les détroits de Turquie (les détroits des Dardanelles et du Bos-
phore). Comme le dit Luis Vassy, le conflit du Sri Lanka illustre à la fois
les limites inhérentes à une analyse au travers du seul prisme « identitaire »,
parce que les « identités », les groupes, les ethnies, les religions qui s’affrontent ne sont pas destinées par nature à le faire : derrière le choc entre elles,
c’est la logique d’acteurs cherchant à affermir, par l’exacerbation des tensions identitaires, leur position au sein de leur propre groupe, qui explique
la montée aux extrêmes et finalement la confrontation. On retrouve cette
logique d’instrumentalisation dans les conflits du Liban, du Darfour, de la
Côte-d’Ivoire, par exemple. Le conflit du Sri Lanka montre également les
difficultés d’une résolution pacifique, car, une fois ces dérives engagées,
l’intérêt des acteurs placés à la tête de chaque groupe est justement de
poursuivre une confrontation dont découle leur légitimité. C’est cet engrenage qui gèle les situations et il faut toute la volonté de dirigeants visionnaires pour les débloquer, comme en Irlande du Nord. Cependant, quand le
pourrissement des crises est à l’œuvre, comment l’enrayer ? Etablir des normes, contraindre au plan juridique, condamner, cela suffit-il ?
Les systèmes de prévention des crises sont indispensables à la régulation
des relations entre Etats, notamment des Etats voisins aux intérêts conflictuels. Ainsi, dans son article, Tolga Bilener montre l’efficacité de la Convention de Montreux, qui a établi, à partir de 1936, et fait respecter depuis
un régime de liberté strictement réglementé par rapport au type de navire
(de guerre comme de commerce) circulant dans la zone des détroits des Dardanelles et du Bosphore, aux frontières de la Turquie, de la Russie, de la
Grèce, de la Roumanie et de la Bulgarie.
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