Introduction – CRISES ET CONFLITS INTERNATIONAUX

Comme les deux années précédentes, les articles présentés cette année montrent que l’Etat reste au cœur des processus de stabilisation et de sortie de crise. Sa reconstruction, sa réforme dans des pays en crise devient une part essentielle des actions de la « communauté internationale ». On le constate souvent, les conflits sont souvent dus à l’absence ou à la déficience de l’Etat. Par exemple, en zone sahélienne, « l’enjeu central est la capacité et la volonté dont disposent la Mauritanie, le Mali et le Niger à assurer une présence effective de l’Etat au plan sécuritaire et social (santé, justice, éducation, infrastructures) ». De même, « le nord-est de la Centrafrique, zone très enclavée où l’Etat centrafricain n’a guère de prise, est également un refuge pour les fauteurs de troubles de la région, rebelles ou bandits de grand chemin ». Ainsi, la majorité des opérations de maintien de la paix de l’ONU ou les interventions de l’Union européenne ont mis au cœur de leurs priorités la restauration de l’Etat de droit dans toutes ses dimensions (police, justice, système pénitentiaire, désarmement/démobilisation/réhabilitation des anciens combattants, réforme de l’armée). De ce point de vue, Frank Neisse montre à quel point la réforme du secteur de la sécurité a été indispensable à la constitution de l’Etat kosovar, mais qu’elle aurait pu être améliorée par une meilleure coordination des acteurs internationaux impliqués. Aussi prône-t-il pour l’avenir la mise en place d’une approche fonctionnelle par la création de « maisons de la RSS ».

Toutefois, les actions entreprises par des acteurs extérieurs peuvent parfois se trouver en décalage par rapport aux besoins locaux, comme nous le démontre Renaud Dorlhiac dans le cas de la Bosnie-Herzégovine, qu’on croyait proche de la fin de la crise : « faute d’analyse poussée des évolutions de la société bosnienne depuis la fin du conflit, la communauté internationale constitue le principal garant d’un Etat ‘fictif’. Les tensions irrésolues entre un cadre institutionnel insatisfaisant mais incontournable – induit par les Accords de Dayton – et une Bosnie-Herzégovine réelle mais ignorée, faussent les termes du débat ». Cela nous montre que, dans certains cas, faute d’attention et de compréhension des facteurs de crises, les stratégies de sortie de crise peuvent prendre des tournants inattendus et constituent en réalité des facteurs de résurgence de la crise. On perçoit ici les limites atteintes par une action internationale appliquée à un Etat « méconnu ».

Et puis il existe des crises traitées par des opérations militaires dont soit l’action ne peut être que est modeste – ainsi le cas de l’opération Atalanta pour lutter contre la piraterie qui, comme l’explique Patrice Sartre, « représente aujourd’hui moins de 30/00 du coût total du transport maritime, et bien moins de 30/000 de la valeur du commerce par voie maritime » – ou soit l’action est ponctuelle – comme le démontre Raphaël Pouyé pour le cas de l’opération Eufor Tchad-RCA, mise en place pour gérer la dimension régionale de la crise au Darfour – ou soit l’action est limitée au regard d’enjeux régionaux qui la dépasse – comme c’est le cas de la FINUL en place depuis 1978.