Résumé
Les paradigmes de sciences sociales dans le domaine des relations internationales, non exempts de préjugés, dissimulent derrière leur autodénigrement, un objet inattendu : les idées politiques. Les réalistes font souvent appel, non sans les nuancer, à des concepts empruntés aux philosophies pessimistes de la nature humaine et du volontarisme. L’ironisme libéral, féru d’anti-étatisme et de transnationalisme cosmopolitiste, hypertrophie la coopération et l’intégration par le droit ou (...)
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L’Allemagne unie est un acteur fidèle et loyal de la construction européenne. Elle souhaite poursuivre parallèlement l’approfondissement de l’UE et son élargissement. Elle cherche une solution qui permette de maintenir l’Etat-nation et de doter l’Union Européenne de compétences importantes. Celle-ci doit devenir un acteur-clé des relations internationales aux XXIe siècle. L’Allemagne unie utilise la PESC pour obtenir un statut d’égalité de l’Union Européenne dans l’OTAN avec les (...)
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Jusqu’à son unité territoriale et politique recouvrée en 1990, l’Allemagne fédérale développe une diplomatie en tirant les leçons d’un héritage traumatisant, provoqué par une politique de puissance. Quarante années durant, cette diplomatie se veut modeste et solidaire des choix de ses alliés occidentaux. Pour se montrer, à la fois, irréprochable à l’égard du grand frère américain qui assure sa sécurité, loyale envers les partenaires européens qui lui garantissent une légitimité (...)
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Depuis plus d’un demi-siècle, les activités spatiales ont à leur manière illustré la politique de puissance des États. Nécessitant des programmes à long terme, généralement concomitants de l’effort en matière nucléaire, l’espace est conçu comme un multiplicateur de forces, qui interagit sur nombre de systèmes d’armes. Il permet aussi de surveiller ou de gérer les crises, de favoriser l’observation et la maîtrise des conflits et des actions à l’extérieur, voire des guerres. (...)
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Le thème de la relation entre l’Europe et la puissance anime les débats et les controverses d’aujourd’hui relatifs aux directions à imprimer à la construction européenne. Le concept d’Europe-puissance, unique voie de salut pour les uns, impasse pour les autres, endure les avanies les plus extrêmes depuis des décennies pour, à chaque fois, retrouver sa vigueur. Les importantes transformations qu’induirait l’émergence d’une Europe-puissance, telle la reconfiguration du lien (...)
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Elle est fondamentalement inter-étatique, mais pourrait se traduire soit en impérialisme, soit en leadership, soit en hégémonie. C’est ce dernier concept qui paraît lui correspondre le plus exactement, même si l’hégémonie est par nature existentielle et donc ambiguë. Elle implique une politique de domination défensive, reposant sur l’économie des moyens et sur une implication minimale, sans grand dessein, avant tout attachée à sa propre conservation. Les composantes (...)
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Pays démocratique mais pauvre en 1947, l’Inde a progressivement jeté les bases de sa puissance en quelque cinquante ans d’indépendance. Les essais nucléaires de 1998, qui ont démontré sa volonté d’occuper une place dans un futur monde multipolaire, en constituent le signe le plus spectaculaire. Mais la puissance de l’Inde, malgré des disparités politiques, économiques et sociales et des infrastructures encore obsolètes se lit également à son régime démocratique stable, à son (...)
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La question du statut et du rôle politique de l’Union européenne se pose aujourd’hui avec une acuité particulière, sous la pression d’une conjonction de différents facteurs. Tout d’abord, le statut politique s’inscrit, en théorie au moins, comme le prolongement d’une intégration économique dont le dernier avatar a été l’avènement de la monnaie commune, bientôt unique : en effet, cette phase de l’intégration européenne accomplie, il paraît à la fois logique et légitime pour l’Union de (...)
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Dans son article célèbre consacré aux « invariants » de la politique extérieure de la France, Jean-Baptiste Duroselle rappelait, à juste titre, que l’invocation de l’Universel dans la pratique diplomatique française ne constituait pas seulement un discours, mais traduisait également une conviction partagée par tous les hommes politiques, lesquels agissent comme les porte-paroles d’une nation convaincue de sa singularité. Il serait sans doute possible d’ajouter que les gouvernants (...)
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Comment apprécier aujourd’hui, dans le nouveau monde, l’éternel référent des réflexions sur les relations internationales ? A l’instar de la beauté, la « puissance » se détermine en fonction de ressources et d’influences. Les premières, qu’il faut mesurer avec prudence, sont nécessaires mais pas suffisantes à la saisie parfaite de la « puissance ». Les secondes, qu’il faut évaluer avec discernement, correspondent à la puissance en action dans un système donné, singulier, où l’emploi de la ruse et la simulation relèvent de l’art de la politique.
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Il faut d’abord situer le sujet dans sa profondeur historique, puisque la politique étrangère de la France a des racines anciennes. Elle peut s’appuyer sur de longues traditions, faites partie de vicissitudes, partie d’obsessions géopolitiques, partie de messages idéologiques à vocation universelle, partie de culture de l’État, pour ne mentionner que quelques composantes. Elles comportent nécessairement continuité et adaptations voire révisions déchirantes. Il est clair par exemple (...)
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Le fil d’Ariane de ce rapport reposera sur une idée-clé qui constitue l’originalité de la conception et du discours français sur l’intégration européenne. Cette idée directrice très simple est la suivante : la France milite depuis la naissance de la Ve République en 1958 pour une « EUROPEPUISSANCE », acteur autonome et à part entière du système international. Sa diplomatie et sa stratégie s’ordonnent - et c’est vrai pour les cinq présidents, de De Gaulle à Chirac - autour de cet (...)
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Le quasi-quadruplement de la population mondiale au cours du XXe siècle s’est accompagné d’une profonde transformation de sa distribution à la surface de la planète. On commence à en percevoir les effets sur la distribution de la puissance étatique. Sans doute la relation entre démographie et puissance n’est-elle ni mécanique ni univoque, mais l’histoire montre un fort parallélisme. Les calendriers très différents des transitions démographiques dans les grandes régions du monde font apparaître, en Asie notamment, de nouveaux « géants démographiques ». Et l’entrée d’un nombre croissant de ces pays dans des cycles de croissance altère la distribution mondiale de la puissance économique, au détriment des pays les plus développés. Ceux-ci sont, du fait de leur structure démographique, en proie à des processus de vieillissement, porteurs à terme de lourdes conséquences sur les régimes sociaux et leurs potentiels d’effort de défense. Au sein du monde développé, l’écart est appelé à se creuser entre l’Europe et le Japon, exposés à un affaissement démographique, et les Etats-Unis, en meilleure posture. Au niveau mondial, ces évolutions consacrent un déplacement vers l’Asie du centre de gravité du monde. Quant à l’Europe, elle peut difficilement esquiver le débat sur la mise en place de politiques natalistes et de politiques d’immigration.
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La puissance d’une nation est une catégorie de nos perceptions. Énoncer que les États-Unis sont une superpuissance, évoquer la légitime volonté de puissance de la France, ou affirmer que le Royaume-Uni reste une puissance internationale donne à chacun l’impression de comprendre de quoi il est question. Cette communication sur le thème de la puissance se passe parfaitement du préalable d’une définition. Les difficultés commencent si nous essayons de transcrire cette perception (...)
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La vision gaullienne de l’ordre européen différait en grande partie des conceptions des partenaires du général. De Gaulle dénonçait l’hégémonie des deux superpuissances en proposant le rétablissement du « concert des puissances ». Il soutenait le développement de la construction européenne autour du couple franco-allemand, mais il rejetait la coopération supranationale, en prônant la création de « l’Europe des nations ». Soulignant l’importance de l’Alliance atlantique, il insistait (...)
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Moteurs du système multilatéral d’après-Guerre, les Etats-Unis envisagent le multilatéralisme comme une pratique « sécurisante », leur permettant d’entériner une « position de leadership incontesté sur une alliance globale ». Ainsi configuré, le multilatéralisme prend pour acquis la convergence entre intérêts américains et intérêts mondiaux : les Etats-Unis oeuvreraient de manière messianique pour le bien-être de l’humanité tout en servant leurs intérêts nationaux. Dans cette (...)
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Né d’une entente secrète durant la Seconde Guerre mondiale, le réseau Echelon, contrôlé par la NSA, s’inscrit dans une dynamique réticulaire hégémonique à la fois défensive et offensive, politique, économique et culturelle. L’évolution d’Echelon trouve sa justification dans la volonté de disposer d’un système de surveillance planétaire avec, pour but légitime, la sécurité internationale. Cependant, les interceptions n’ont pas épargné un secteur hautement stratégique comme la sécurité (...)
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Le choc des événements de septembre 2001 ne crée pas un nouveau monde, mais il nous suggère d’autres grilles d’interprétation. Le monde des conflits s’éloigne de plus en plus de celui que nous avons appris à gérer depuis deux siècles : d’où nos interrogations sur nos propres stratégies de sécurité, définies pour des hypothèses enfuies. La puissance américaine domine le monde, mais il n’est pas sûr qu’elle veuille ou puisse le gérer. Le multilatéralisme est en crise alors qu’il n’a (...)
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La notion de puissance a marqué pendant des siècles, sous des formes diverses, l’équilibre des forces entre nations, tout en influençant la théorie des Relations internationales et la philosophie politique. Dans le nouveau contexte d’unipolarité apparu depuis la fin de la Guerre froide et l’émergence de ce qu’il est convenu d’appeler la mondialisation, la puissance n’apparaît plus suffisante en soi. Pour se prolonger en influence authentique, elle ne peut plus désormais être (...)
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