Diplomatie arctique. Gouvernance par temps froid.
Cahier Thucydide n° 19

Avançant inexorablement vers leurs objectifs, les Etats polaires adoptent à première vue la diplomatie du brise-glace, sans considération pour ce qui se trouverait sur leur chemin. Comme illustré sur la couverture de cette étude, que pourrait espérer la gouvernance face à de tels appétits ?

Au fur et à mesure que la région arctique devient accessible par les effets du changement climatique, les Etats côtiers voient émerger une série de nouveaux enjeux et intérêts envers un territoire autrefois délaissé car inadapté à l’activité humaine. A présent, les géants canadiens et russes affirment le contrôle de leur territoire et désirent repousser toute intrusion ou ingérence dans leurs affaires arctiques, escomptées prometteuses. Mais ces derniers se retrouvent néanmoins à promouvoir, dans une certaine mesure, la coopération internationale au sein du Conseil de l’Arctique. Tel est le paradoxe de la gouvernance polaire : un grand « machin » imparfait mais indispensable aux yeux de la scène internationale, attirée par les perspectives économiques ou la nécessité de protéger la région la plus affectée par le changement climatique.

En effet, au vu de l’impact que pourrait avoir une mauvaise gestion de l’océan glacial et de ses environs, une pression diplomatique internationale s’est mobilisée pour renforcer une première forme de gouvernance. L’idée de gérer collectivement cet espace aussi fragile rencontre à présent un mélange de réticences et d’enthousiasmes de la part des nombreux acteurs impliqués dans cette logique transnationale, qu’ils soient étatiques ou non.

Ainsi, il nous faudrait accorder notre confiance à un forum intergouvernemental, dépourvu d’une personnalité juridique propre, encore moins bien doté que ne l’était la Société des Nations, pour répondre à de titanesques enjeux diplomatiques et environnementaux. Les angoisses évoquées par l’ancien premier ministre français Michel Rocard ont de quoi trouver écho auprès des autres observateurs non arctiques : comment garder son assurance quant au développement responsable de la région tandis que la diplomatie piétine de nouveau entre les grandes puissances ? Quelles perspectives peut-on accorder à un projet coopératif alors que nous entrons peut-être dans une ère de nouvel ordre mondial, ou plutôt de nouveau désordre mondial ?

Prise entre deux feux, les besoins sociaux et écologiques d’un côté, les intérêts étatiques et économiques de l’autre, les doutes se soulèvent autour de cette gouvernance par temps froid.