France-Scandinavie : Perceptions et relations

Résumé En politique étrangère, il existe d’un côté ce que l’on dénomme environnement opérationnel et de l’autre ce que l’on appelle environnement cognitif ou psychologique. Les perceptions relèvent de la deuxième catégorie et les relations de la première. L’homme d’État, les responsables politiques, n’agissent guère dans le vide. Ils – ou elles – ont intériorisé une carte mentale de l’environnement extérieur, ils – ou elles – sont dotés d’une vision du monde. C’est sur la base de cette vision que se formule en première analyse une doctrine de l’intérêt national. Dans les relations bilatérales, l’image réciproque joue un très grand rôle. Elle conditionne en grande partie la cadre et la qualité de ces relations ; elle détermine leur caractère coopératif ou conflictuel. Une « bonne image », ou perception positive, constitue en quelque sorte une modalité de soft power, ou puissance douce. Elle est également l’un des moyens les plus économiques ou les moins onéreux pour la mise en oeuvre d’une politique étrangère. Lorsque plusieurs États forment un groupe homogène, ils ont tendance à ne pas prêter une attention particulière à l’image des autres membres du groupe; ils n’ont pas davantage tendance à se soucier à l’excès de leur image spécifique. Ces États sont en effet persuadés que l’ensemble du groupe poursuit les mêmes objectifs et adopte des comportements similaires. La perception est en effet rarement conjoncturelle. Elle est à l’inverse un produit de longue durée, taillé par l’histoire et façonné par des expériences cumulées. En matière de perception, on rencontre à l’évidence deux pôles, celui qui émet l’image, ou pôle émetteur, celui qui la reçoit, ou pôle récepteur. Le pôle émetteur n’est pas toujours, n’est même jamais entièrement, maître de la qualité de la réception de l’image par le pôle récepteur. Celui-ci a toujours tendance à filtrer l’image que l’on lui transmet, en sélectionnant les éléments qui correspondent à sa propre compréhension ou encore à ses besoins. Comment se présente l’image de la France reçue ou perçue par la Scandinavie, et vice versa? Un tel examen fait naturellement intervenir une troisième dimension, celle de l’observateur. Le lecteur, qui est lui-même un autre filtre, doit donc entrevoir les images projetées et perçues par les acteurs principaux au travers du filtre que l’observateur laisse involontairement glisser entre les différentes couches d’images. Par pays scandinaves, on envisagera ici pour l’essentiel le Danemark, la Norvège et la Suède, en ajoutant quelques remarques sporadiques sur la Finlande, pays Nordique. – Le sommaire de l’AFRI 2000