G7-G8 et gouvernance économique mondiale

Résumé L’une des grandes mutations internationales de ce dernier quart de siècle est bien la formation d’un système économique et financier mondial. Sans doute un phénomène analogue s’esquisse-t-il dans les années 1890-1914. Les bourgeois conquérants prennent alors possession de la planète, par leurs capitaux et aussi par les armes de leurs gouvernements. Le bateau à vapeur, le chemin de fer raccourcissent les distances, ouvrent les espaces. Des pays neufs (Canada, Australie, etc.) entrent dans la compétition. Déjà l’enjeu est d’inclure dans le système mondial des colosses en marge : la Russie, la Chine ou même l’Allemagne et les États-Unis. La Banque d’Angleterre, alors gardienne de la stabilité monétaire, annonce le Fonds monétaire international. Dans une certaine mesure les bouleversements en cours reprennent et amplifient ceux du tournant des XIXe-XXe siècles, mais les différences d’échelle sont telles qu’il y a bien quelque chose de profondément neuf. – À l’arrière-plan, une révolution technique. Le XIXe siècle, lui aussi, était emporté par les débuts de l’industrialisation, un développement sans précédent des transports, le déracinement de millions de personnes, une urbanisation brutale. Ces changements, disloquant les mondes villageois, jouaient au profit du cadre national, soudant, par la route et le train, de vastes espaces, rendant possibles des cultures homogènes. Aujourd’hui, se déploie une nouvelle révolution technique, celle de l’ordinateur et des télécommunications. Tout dans ces instruments favorise la circulation, la fluidité. Les barrières mises par les États subsistent, mais elles sont bousculées, contournées par cette explosion des réseaux. Voici le temps des espaces enchevêtrés, mouvants, les frontières des États ne disparaissant pas mais se trouvant bousculées, contournées, pénétrées de toutes parts. – Ensuite, l’intégration massive de territoires, de populations dans les réseaux d’échanges. La période 1840-1914 marque déjà une formidable poussée dans l’intégration mondiale. La Chine, le Japon puis l’Afrique sont ouverts à coups de canon. Qui ne joue pas le jeu de la mondialisation est voué à la domination occidentale ! Seul le Japon saisit alors l’enjeu. L’intégration de cette fin de XXe siècle va beaucoup plus loin et profond, allant au coeur des sociétés, mettant en question toutes les solidarités. L’immense bloc communiste s’effondre, les États en faisant partie, et, en premier lieu, l’Union soviétique découvrant qu’ils sont engagés dans un processus de sous-développement, à côté d’un Occident emporté par les nouvelles techniques. Pour l’autre vaste ensemble, le tiers-monde, le bilan est, lui aussi, amer : les expériences de développement autosuffisant (Inde, Chine maoïste, Cuba, etc.) sont, toutes, des échecs conduisant à la stagnation ou à la régression économique; les États exportateurs de pétrole, trop vite convaincus qu’ils ont là une ressource absolue, ratent leur décollage (Iran, Arabie saoudite, Algérie, etc.). Ceux qui réussissent – l’Asie industrielle – comprennent qu’il n’y a pas d’alternative à la division internationale du travail, à l’exploitation des avantages comparatifs. L’ampleur de l’intégration en cours est soulignée par les tensions qu’elle crée au sein des États. Le développement, longtemps instrument-clé de l’unification de l’espace national, est, aujourd’hui, facteur de dislocation, les dynamiques économiques « externes » étant plus fortes que les dynamiques « internes ». La Chine maritime, la Russie des rares métropoles, tout en s’ancrant au marché mondial, restent prises dans de vastes zones de pauvreté. Ces tensions ne s’arrêtent pas aux États, à leurs territoires, elles atteignent les individus, séparant la poignée qui s’adapte des exclus de la mondialisation. – Enfin, les années 1890-1914 restent régies par les rivalités de puissances, exaspérées par la fièvre impérialiste. La soif de territoires est insatiable. L’économie, ses problèmes, sa gestion demeurent mal appréhendées. La préoccupation centrale des gouvernements est la guerre : la préparer, l’éviter, la gagner. Les chefs d’État ou de gouvernement, les diplomates et les militaires sont les acteurs du système international – en fait européen. Il faut les cataclysmes des deux guerres mondiales et de la crise des années 30 pour que l’économique soit reconnu comme fondamental pour la paix. Sans prospérité, pas de paix. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la gestion économique est bien une des composantes du maintien de la paix. C’est dans ce paysage que, d’abord, doit être cerné ce qui est une notion centrale de la politique internationale : la gouvernance. Qu’est-ce que la gouvernance? Pourquoi ce terme aujourd’hui ? En quoi s’oppose-t-il à celui établi de gouvernement? (I) Le G5, puis G7, enfin G8, né en 1975, est bien un laboratoire de gouvernance, qui en met en lumière les conditions, les modes d’action et l’efficacité (II). Enfin, les bouleversements des années 90 conduisent à s’interroger sur l’avenir de cette structure : doit-elle et peut elle être adaptée ? (III) – Le sommaire de l’AFRI 2000