La France, l’Europe et les Etats-Unis

Résumé La boussole traditionnelle qui guidait la politique française envers les Etats-Unis a cessé d’indiquer le bon cap. Compte tenu des rapports de force, il ne servirait pas à grand-chose à la France de tenter d’imiter les Etats-Unis dans leur attachement au modèle westphalien de définition de la souveraineté des Etats. Notre action gagnerait à s’inspirer des principes suivants : améliorer substantiellement notre connaissance et notre compréhension des Etats-Unis et de la société américaine ; n’aller à la confrontation qu’en dernier, et non en premier recours, et cela au débouché d’une appréciation exacte tant des enjeux que de notre capacité à créer un rapport de forces favorable ; jouer à fond la dimension européenne, en prenant soin cependant de ne pas perdre de vue la dose de subtilité que cela suppose, en reconnaissant notamment que l’Union n’a pas pour nos partenaires vocation à se constituer un pôle se définissant principalement par opposition aux Etats-Unis ; abandonner la vision d’un monde multipolaire « à la sauce Metternich », et rechercher systématiquement la synergie non seulement avec nos partenaires européens, mais aussi avec le réseau d’acteurs non étatiques qui sont un véritable contre-pouvoir à l’exercice débridé de l’hyperpuissance westphalienne américaine ; et enfin partir du principe que non seulement les intérêts spécifiquement français sont de moins en moins importants par rapport à un ensemble d’intérêts partagés par nos partenaires européens mais aussi et à intégrer le fait que les intérêts ont moins de permanence que les valeurs qui sous-tendent l’action internationale de nos sociétés, à l’inverse de ce qui caractérisait le système international du siècle de Metternich, Palmerston et Bismarck. Le corollaire de cette proposition, c’est que nos oppositions d’intérêt avec les Etats-Unis ne doivent pas masquer le poids des valeurs dans la relation transatlantique. – Le sommaire de l’AFRI 2001