Penser historiquement les relations internationales

Résumé Les historiens Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle ont élargi la pratique de l’histoire diplomatique pour la transformer en histoire des relations internationales, une histoire des rapports entre les peuples et pas seulement entre les Etats :le premier, en inventant la notion de « forces profondes », a voulu mesurer le poids des forces démographiques et économiques, le poids des mentalités et des grands sentiments collectifs sur les évolutions et soubresauts des relations internationales ; le second s’est intéressé aux processus de décision et a cherché à déterminer comment les décideurs ont été influencés par ces forces profondes et comment ils ont pu aussi les infléchir, les contourner ou les transformer. Quarante ans après, l’historiographie française des relations internationales vit encore largement sur cet héritage des deux « maîtres », lesquels ont renouvelé les approches par des emprunts importants à l’histoire économique, à l’histoire politique et culturelle, à l’histoire des représentations et ont également beaucoup fait pour transformer la traditionnelle histoire militaire en histoire politico-stratégique de la défense et de la sécurité. Les grandes interprétations mises au point par les politologues intéressent l’historien en même temps qu’elles le rendent perplexe. La volonté de ce dernier de rendre compte de la complexité de la réalité passée fait qu’il lui est difficile de la rentrer de force dans une grille de lecture uniquement « réaliste » ou « idéaliste » ou « fonctionnaliste » ou « constructiviste », etc. Disons que son réalisme naturel est tempéré par une approche constructiviste et par la nécessité de tenir compte aussi du poids des idées, des idéaux, des identités, des valeurs et des grandes émotions collectives, qui bouleversent les rapports de force traditionnels. L’historien ne doit pas cependant se contenter d’un bricolage entre les apports des différentes écoles. Son originalité est sa réflexion sur le temps : il lui faut penser historiquement la dialectique, inscrite dans des temporalités diverses, entre « le système international » et les « dynamiques » internationales ou transnationales qui transforment sans cesse l’ordre du système. –Le sommaire de l’AFRI 2003