Introduction

Depuis quelques mois, les exploits technologiques et scientifiques chinois se sont succédé, donnant l’impression d’une puissance en pleine expansion désormais prête à contester à l’Occident son titre de pôle d’innovation scientifique et technique. Qu’il s’agisse de l’un des superordinateurs les plus puissants du monde dévoilé en octobre 2011 (ordinateur Sunway Bluelight MPP, cette fois-ci authentiquement chinois dans ses moindres composants) devant conduire la Chine, selon les dires de l’Académie chinoise des sciences, aux ordinateurs « exaflopiques », mille fois plus rapides que les plus puissants calculateurs actuels, ou du premier véritable rendez-vous orbital entre deux stations spatiales réussi en novembre 2011, démontrant ainsi de façon spec- taculaire – et très suivie de l’extérieur – des progrès rapides dans des domaines très pointus, les réalisations chinoises prennent forme dans des projets à grande échelle. Dans le même temps, des analyses plus fines des compétences techniques chinoises, si elles montrent la réalité de ces progrès, montrent aussi parfois la difficulté à rattraper le retard qui existe dans quelques domaines d’intérêt stratégique (électronique spécialisée, optro- nique, etc.). Cette évolution contrastée des programmes de recherche et l’attrait pour la démonstration de grande ampleur sont aussi le fruit d’une organisation interne liée à l’histoire de l’administration du pouvoir en Chine. C’est ce que montre l’article d’Emmanuel Puig, qui fait le point sur la mobilisation du potentiel de recherche chinois à travers deux grands efforts fédérateurs, le Programme 863 et le programme TORCH. Aux ori- gines et aux objectifs distincts, ces grandes structures se caractérisent selon l’auteur par l’omniprésence d’un « techno-nationalisme » chinois qui reste le principal facteur d’organisation de la R&D, même s’il tente de s’adapter aux conditions nouvelles du développement de la recherche industrielle.

De manière apparemment contrastée, l’explosion constatée dans le domaine des télécommunications par satellite fait la part belle aux opéra- teurs commerciaux « globalisés », parfois producteurs de services à haute valeur ajoutée et parties prenantes de l’essor considérable du monde de l’information dans nos sociétés. La télécommunication par satellite mono- polise aujourd’hui près de 98 % des revenus générés par l’ensemble des applications spatiales, imagerie par satellite comprise. L’article de Cyril Michel, l’un des experts des télécommunications spatiales à l’Agence spa- tiale européenne (ASE), fait un point sur la diffusion par satellite de chaînes télévisées, qui représente en fait la partie essentielle de l’activité de télé- communications par satellite. Il montre l’imbrication historique du rôle des Etats et des grands opérateurs dans le développement de cette activité, avec l’incidence géopolitique qu’on a encore récemment mesurée à travers l’abolition des frontières informationnelles lors du « printemps arabe ». Cette confrontation de deux logiques dessine aujourd’hui, selon l’auteur, les conditions d’un nouveau rôle des Etats dans « les droits de l’homme à l’information », évidemment liée pourtant à la puissance normative et finan- cière des acteurs qui les soutiennent.