L’ONU, les conflits internes et le recours à la force armée

Résumé Depuis la fin de la guerre froide les conflits internes sont devenus la forme de violence la plus pernicieuse du système international. Des millions de personnes ont été tuées dans des conflits internes. Des millions d’autres ont été déracinées à l’intérieur ou à l’extérieur des frontières de leur pays d’origine à cause de ce type de conflit. Les conflits internes sont une des plus grandes menaces pour la paix et la sécurité internationales aujourd’hui, et selon toute probabilité ils continueront à l’être dans l’avenir. L’Organisation des Nations Unies (ONU) a été et continuera d’être au centre des efforts internationaux visant à résoudre les problèmes de paix et de sécurité internationales. Depuis la fin de la guerre froide, elle a concentré ses énergies sur la gestion et la résolution des conflits internes. Entre 1989 et 1999, l’ONU a organisé 39 opérations de maintien de la paix, dont 36 visaient des conflits internes. À plusieurs reprises, l’ONU a pris des mesures coercitives ayant pour but de persuader ou de convaincre les parties belligérantes d’arrêter les combats et de rétablir la paix. Toutefois ces mesures n’ont abouti qu’à des résultats mitigés. Ceci a poussé certains commentateurs à considérer que la communauté internationale et l’ONU ne devraient pas s’immiscer dans des conflits internes quand les différentes parties du conflit ne donnent pas leur assentiment à une intervention internationale. Mais la communauté internationale ne peut pas – ne devrait pas – ignorer les conflits internes. Ils constituent presque toujours une menace pour la paix et la sécurité régionales et impliquent souvent les États limitrophes. Même si ceux-ci ne sont pas directement impliqués dans les hostilités, ils auront presque toujours à gérer un problème des réfugiés. Les conflits internes impliquent souvent des attaques directes et délibérées sur les populations civiles, des problèmes de réfugiés surviennent presque invariablement, ce qui peut poser de sérieux problèmes de paix et de sécurité régionales. Les conflits internes peuvent aussi créer des problèmes économiques et militaires pour les pays limitrophes, ce qui peut provoquer des instabilités politiques, voire des guerres interétatiques. De plus les conflits internes posent souvent des questions d’ordre moral. Comment ne rien faire quand un génocide ou de graves violations des droits de l’homme sont perpétrés? Les critiques formulées à l’encontre de l’ONU après la génocide en Rwanda et la chute de Srebrenica, ainsi que l’incapacité de l’ONU d’articuler une réponse collective face aux événements au Kosovo ont poussé le Secrétariat de l’ONU à engager une réflexion approfondie sur son rôle dans les conflits internes et a ressuscité le débat sur la question d’intervention militaire. Pour le Secrétaire général de l’ONU, « la principale leçon de Srebrenica est qu’une tentative délibérée et systématique de terrifier, d’expulser ou d’assassiner un peuple tout entier doit susciter non seulement une réponse décisive mettant en oeuvre tous les moyens nécessaires, mais aussi la volonté politique de mener cette réponse jusqu’à sa conclusion logique. Dans les Balkans, cette leçon a été donnée non pas une, mais deux fois en une décennie. Dans un cas comme dans l’autre, en Bosnie et au Kosovo, la communauté internationale a essayé de négocier un règlement pacifique avec un régime meurtrier et sans scrupules. Dans les deux cas, il a fallu recourir à la force pour mettre un terme aux expulsions et tueries planifiée et systématiques de civils ». Kofi Annan se fait ainsi le champion de l’intervention à but humanitaire. En revanche une majorité d’États s’est exprimée, lors de la 54e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, contre l’intervention dans les affaires intérieures des États, et a rejeté la notion d’un droit d’intervention même en cas de violations graves des droits de l’homme. Il semble également de plus en plus difficile d’organiser une réponse collective au sein du Conseil de sécurité face aux conflits internes. Il est clair que le débat sur l’intervention militaire dans les conflits internes s’intensifiera dans les années à venir. Nous n’aborderons pas ici la question de la légalité ou de la légitimité de telles interventions, et nous ne rentrerons pas dans la controverse provoquée par l’intervention des États- Unis et ses alliés européens au Kosovo, quand ils ont lancé l’opération militaire sans autorisation du Conseil de sécurité. Cet aspect de la question est traité ailleurs. Nous nous intéresserons en revanche à l’efficacité du recours à la force. Quelles sont les conditions qui déterminent le succès des interventions militaires dans les conflits internes? Indépendamment des arguments juridiques, c’est en effet le succès ou l’échec des opérations qui détermineront si de telles opérations seront reconduites oui ou non. – Le sommaire de l’AFRI 2000