Les conséquences de la « révolution Orange » sur la politique exterieure de l’Ukraine

Résumé (Abstract) La « révolution orange » de 2004, un tournant pour la société d’Ukraine, a changé les différents aspects de la politique ukrainienne. La politique étrangère d’Ukraine a bénéficié du changement de régime, avec l’arrivée au pouvoir du président Iouchtchenko et la mise en place d’une nouvelle équipe. La « révolution orange » a été le véritable catalyseur de l’intérêt que le monde porte à l’Ukraine. Malgré certaines tensions avec son partenaire stratégique, la Russie, l’Ukraine a activé un dialogue et une coopération avec les organisations auxquelles elle envisage d’adhérer : l’UE et l’OTAN, et au niveau bilatéral avec les Etats-Unis, la France, la Pologne. Cependant, la nouvelle équipe ukrainienne qui avait connu un succès et une sympathie sur la scène internationale est retombée dans les luttes internes des clans et des oligarques. Le « défi » pour l’Ukraine est donc de régler ses problèmes intérieurs et de réussir les transformations. C’est l’un des facteurs les plus importants d’une possible intégration aux structures européennes et euratlantiques. —————— – Texte intégral Un an à peine après la « révolution orange », qui a attiré l’attention du monde sur l’Ukraine, cette dernière s’est retrouvée confrontée une crise gouvernementale majeure dont la conséquence a été le limogeage du gouvernement en septembre 2005, et plus notablement la démission du premier ministre Ioulia Tymochenko, la pasionaria de la « révolution orange ». Crise qui rappelle une nouvelle fois de plus un proverbe : «là où il y a deux Ukrainiens, il y a trois hetmans» [[hetman – chef militaire des cosaques]]. Un an après la révolution orange, dont le dénouement a été suivi par le monde entier, les nouvelles autorités ukrainiennes passent un examen difficile, qui porte autant sur leur aptitude à établir un véritable régime démocratique que sur leur capacité a défendre les intérêts de l’Etat plutôt que leurs propres intérêts claniques ou oligarchiques. Mais ce pouvoir est-il conscient que cet examen se passe, non devant les Etats-Unis d’Amérique, qui peuvent citer en exemple le succès des transformations démocratiques en Ukraine comme un argument servant leurs propres intérêts, non plus devant l’Union Européenne, au porte de laquelle l’Ukraine frappe déjà depuis plusieurs années, non pas davantage pour stimuler les transformations démocratiques en Biélorussie, pays voisin, non pas enfin devant la Russie. L’Ukraine passe cet examen devant la force motrice de la « révolution orange » : le peuple ukrainien qui a permis aux autorités d’arriver au pouvoir; devant la nation qui pendant longtemps n’a pas eu son propre Etat, qui a vécu plusieurs années sous l’influence de pouvoirs étrangers, avec une approche contemplative de la vie : «ça ne me regarde pas, je n’y suis pour rien» («ma khata est au bout du monde, je ne sais rien») ; et devant cette nation qui a produit le phénomène inattendu de la « révolution orange ». Le nouveau pouvoir doit comprendre que l’histoire donne peu de temps pour corriger des fautes anciennes, car l’Ukraine en 1991 a obtenu son indépendance avec 52 millions d’habitants et, 14 ans plus tard, elle n’en compte plus que 47 millions.

LA POLITIQUE D’INTEGRATION DE L’UKRAINE

La politique étrangère de l’Ukraine des dernières années a été peu compréhensible pour les pays occidentaux. Car si l’adoption d’une doctrine multivectorielle a été annoncée dès l’indépendance, l’intégration européenne est devenu l’axe stratégique de la politique étrangère du pays. Le 11 juin 1998, un décret du président Koutchma a approuvé la stratégie d’intégration de l’Ukraine à l’Union européenne « Les intérêts nationaux de l’Ukraine nécessitent que le pays soit perçu comme un Etat influent du vieux continent et comme un membre à part entière de l’UE » [[« Strategia integracii Oukrainy do Evropejskogo Sojuzu », Doroga v majboutne – doroga v Evropu. Evropejska integracija Oukrainy. Kyiv, 2000, p. 61-71.]]. De plus, lors de sa constitution, l’Ukraine s’est proclamée comme un pays neutre. Mais en mai 2002, une décision du Conseil de sécurité nationale et de défense nationale annonce l’intention d’adhérer à l’OTAN et, en juillet 2004, l’expression « l’adhésion à l’OTAN » dans la Doctrine Militaire d’Ukraine a été remplacée par « mener la politique de l’intégration euratlantique». Il semble que la doctrine multivectorielle qui a reçu en France une appréciation, tantôt positive, tantôt négative, n’était pas suffisamment élaborée au niveau théorique. En même temps, les hésitations relatives à l’adhésion à l’OTAN bloquent les efforts des analystes ukrainiens sur la définition des principes de sécurité du pays car ils ne savent pas s’il faut élaborer une sécurité collective ou individuelle [[Léonid Poliakov. «Voenna polityka Oukrainy : konstruktyvna nevyznatchenist?» Nacionalna bezpeka i oborona, № 8, 2004, p. 16.]]. Une destination stratégique – l’Union Européenne Les dix ans qui ont suivi la révolution orange n’ont pas été vains : en dépit des contradictions régionales, souvent soulignées en Occident, la révolution a favorisé la formation d’un sentiment d’appartenance à un même peuple. Le peuple ukrainien est capable de soutenir les bases de la démocratie. L’axe stratégique de la politique étrangère du gouvernement de Viktor Iouchtchenko est clair : l’adhésion à l’Union Européenne. L’UE se trouve donc face à un dilemme: donner ou de ne pas donner à l’Ukraine la perspective de l’adhésion. En termes géographiques, l’Ukraine est un pays européen, plus européen que la Turquie dont l’adhésion est aujourd’hui très activement discutée dans l’Union. En Ukraine même, le rapprochement avec l’Europe exige certaines adaptations. Le pays est ainsi entrée dans une période de transformations systémiques, portant essentiellement sur les réformes économiques et la lutte contre la corruption, et dont l’efficacité ne sera prouvée qu’avec le temps. L’accompagnement de ces réformes, et leur succès éventuel, pourrait être conditionné par une perspective claire d’être associée à l’UE avec, dans un premier temps, un renforcement de l’aide européenne dans les domaines économiques, mais également dans les domaines institutionnels, et administratifs. Par la suite, il faudra mettre l’accent sur les domaines où les nouveaux membres de l’UE ont rencontré les difficultés les plus importantes et peut-être augmenter les programmes de formation des fonctionnaires et des chercheurs ukrainiens. En Ukraine, les réalistes ne réclament pas une adhésion immédiate de l’Ukraine à l’UE car objectivement le pays n’est pas prêt. Il est d’ailleurs important que le nouveau gouvernement ne succombe pas à l’euphorie post-révolutionnaire et ne se limite pas à l’expression de son choix européen et d’européanisme, au risque d’oublier la dimension pratique des processus démocratiques et de répéter les fautes des gouvernements précédents. Certains fonctionnaires d’Etat soumis à une sorte de « responsabilité administrative » sont incapables de porter une expertise objective sur les conditions d’adhésion. Plus soucieux de satisfaire leurs mandataires que d’attirer l’attention sur les contradictions inhérentes au rapprochement avec l’UE, l’information qu’ils répercutent vers les hautes instances dirigeantes du pays est incomplète. L’Union devrait prendre cet aspect de la question en considération et apporter sa propre expertise aux administrations et aux instances dirigeantes ukrainiennes. Un « non » catégorique de l’Union européenne pourrait provoquer une certaine crise d’identité parmi les populations ukrainiennes en Ukraine, notamment parmi celle qui ont soutenu le processus démocratique mais aussi un certain désarroi parmi les élites proeuropéennes, qui ont bien conscience que l’Ukraine héritée du régime de Koutchma n’est pas, en sa forme, désirable pour l’UE. Mais positionnée au centre de l’Europe, une Ukraine transformée, démocratisée et réformée, peut contribuer au renforcement de l’espace de sécurité et de la paix de l’UE, en tant que membre de plein droit et non seulement en tant que pays voisin. Vers l’OTAN pour assurer sa sécurité La coopération de l’Ukraine avec l’OTAN a commencé après l’indépendance de l’Ukraine par l’adhésion au forum consultatif des pays de l’OTAN et des pays de l’Europe Centrale et Orientale – le Conseil de coopération Nord-atlantique dont elle rapidement devenu un membre actif. En 1994, l’Ukraine a adhéré au programme « Partenariat pour la paix », puis lors du sommet des chefs d’états et des gouvernements de l’OTAN de Madrid de juillet 1997, les responsables de l’Alliance et Léonide Koutchma ont signé « la Charte de coopération entre l’Ukraine et l’OTAN ». Viktor Ioushtchenko a fait de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN un objectif stratégique et à réintroduit dans la Doctrine Militaire ukrainienne l’objectif d’adhésion à l’OTAN, auquel avait finalement renoncé Léonid Koutchma. Il faut souligner que les hésitations du précédent gouvernement sur l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ont nui à l’image de l’Ukraine comme partenaire fiable. Le partenariat de l’OTAN exigerait une définition précise des choix stratégiques poursuivis : soit l’instauration d’une coopération avec l’Organisation, soit une demande d’adhésion de plein droit, qui exigerait de procéder à certaines réformes afin de répondre aux standards OTAN, c’est-à-dire : la transparence, l’interopérabilité des armements, une certaine évolution de la mentalité des militaires, la garantie des droits des soldats (il est connu qu’en Ukraine on a connu des situations de bizutage et de mauvais traitements sur des appelés). Une telle définition des objectifs stratégiques a fait défaut. Selon le chef de la Direction de l’intégration euratlantique de l’Etat major ukrainien le général Léonid Golopatuk : « on a adapté aux relations de l’Ukraine avec l’OTAN les mécanismes en vigueur pour la coopération militaire, et aujourd’hui au premier plan entre le travail routinier et minutieux de la mise en œuvre des plans et des initiatives existants » [[Léonide Golopatuk, « Vijskovi aspekty spivrobitnytstva Oukrainy z NATO : stan i perspektyvy rozvytku », Natsionalna bezpeka i oborona, № 8, 2004, p. 31.]]. La nouvelle étape des relations de l’Ukraine avec l’OTAN a été marquée, en avril 2005 par l’instauration d’un dialogue intensifié sur l’aspiration de l’Ukraine à entrer dans l’Alliance, qui a été annoncé à Vilnius par le ministre des affaires étrangères ukrainien Borys Tarasuk et le secrétaire général d’OTAN Jaap de Hoop Scheffer à l’issue de la réunion de la Commission Ukraine – OTAN. Le dialogue intensifié est la première étape de la préparation officielle des pays candidats à l’adhésion à l’OTAN. Selon l’avis du Ministre des Affaires Etrangères de l’Ukraine, Boris Tarassiouk, les relations OTAN-Ukraine sont arrivées à un stade nouveau, qui justifie l’adoption de ce processus. Le secrétaire général de l’OTAN a néanmoins souligné que beaucoup dépendait de la politique adoptée par l’Ukraine elle-même, « atteindre ce but ne sera pas facile et l’avancée de l’Ukraine sur ce chemin ne sera pas automatique, le développement futur des relations entre l’Ukraine et l’OTAN dépendra du progrès des réformes en Ukraine. Bien que le pouvoir de l’Ukraine ait une responsabilité principale dans la réalisation des réformes, les chefs d’états et des gouvernements des pays de l’OTAN ont fait comprendre qu’ils sont prêts à apporter l’assistance nécessaire dans le domaine où il est possible de faire et de partager son expérience, dans la sphère où ils doivent le faire ». Il a souligné en s’adressant aux Ukrainiens : «Vous êtes au volant d’une voiture. Mais l’OTAN aidera à faire le plein d’essence de cette voiture» [[le texte sur le site Internet www.podrobnosti.ua (21.04.2005)]]. Le ministre de la défense ukrainien Anatoliy Grytsenko est un partisan de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Sa position se fonde sur le postulat suivant : « Ce qui est important ce n’est pas la date concrète de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN mais l’obtention par les forces armées ukrainiennes des standards de l’OTAN relatifs aux capacités opérationnelles, à la logistique, au niveau de sécurité sociale des militaires, aux standards européens de la démocratie, de l’économie de marché, des droits et de la liberté de l’homme » [[le texte sur le site Internet www.podrobnosti.ua (26.04.2005)]]. L’adhésion à l’OTAN ne fait pourtant pas l’unanimité parmi les participants de la Révolution Orange. Le leader du Parti socialiste d’Ukraine, le député Oleksandr Moroz, qui l’a activement soutenue, estime que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ne peut rien offrir au pays ni maintenant, ni à l’avenir. Le 29 avril 2005, il a indiqué qu’en tant que responsable politique, il s’interdisait de soutenir l’idée de l’adhésion, le soutien du peuple sur cette question ne dépassant à peine que les dix pour cent [[le texte sur le site Internet www.podrobnosti.ua (29.04.2005)]]. La présence de la base navale russe de Crimée pose un problème potentiel pour l’adhésion de l »Ukraine à l’OTAN. Il est possible que la Russie soit réticente à voir cohabiter ses propres bâtiment et ceux de l’OTAN en Crimée. A ce sujet, les représentants de l’OTAN ont adopté une position neutre. Selon Robert Pshell, par exemple, l’OTAN ne s’immiscera dans les disputes russo-ukrainiennes sur le statut de presqu’île de la Crimée et de la base navale russe. Il appartient, d’après lui, à la Russie et à l’Ukraine de résoudre ces différents par eux-mêmes [[le texte sur le site Internet www.podrobnosti.ua (20.04.2005)]].

LES RELATIONS BILATERALES

L’intérêt des Etats-Unis pour Ukraine Les relations entre l’Ukraine et les Etats-Unis sont passées par différentes étapes depuis l’indépendance. A l’heure actuelle, la coopération avec les États-Unis est considérée comme l’une des dominantes de la politique étrangère ukrainienne. Initialement cependant dans les « Directions principales de la politique étrangère de l’Ukraine » de 1993, les États-Unis ne sont pas classées comme partenaire stratégique. Selon le ministre des Affaires Étrangères de l’Ukraine, Borys Tarassiouk, qui a participé à l’élaboration de ce document, les auteurs ne pouvaient imaginer à ce moment à quel point les relations de l’Ukraine avec les États-Unis se développeraient [[Borys Tarasuk, «Komentarij», Dzerkalo tyznia, 23-31 aout 2001]]. La première étape (de décembre 1991 à janvier 1994) se caractérise par la très forte pression exercée par Washington sur Kiev pour obtenir une dénucléarisation rapide du pays, hériter d’une part considérable de l’arsenal stratégique soviétique. Par ailleurs le facteur russe a joué un rôle particulier, la diplomatie russe persuadant l’ «établissement» politique américain du danger de la possession de l’arme nucléaire par des « nationalistes », ayant des visées sur des objectifs américains. Après que l’Ukraine eût renoncé volontairement à la possession de l’arme nucléaire en 1995, la Chambre des représentants et le Sénat ont voté une aide à l’Ukraine de 225 millions $ par an, conditionnée à l’adoption de réformes économiques structurelles. Cette aide est la troisième par son volume après l’aide à Israël et à l’Égypte. Selon Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller au conseil national de sécurité du président Carter, l’Ukraine, pourrait à entreprendre d’ici 2005 à 2010 des pourparlers sérieux avec l’Union Européenne et l’OTAN si le processus de réforme se poursuit à la satisfaction de ses partenaires. L’Ukraine pourrait également être attirée, avec un degré de probabilité plus élevé dans le cercle des relations et consultations spéciales établies entre Français, Allemands et Polonais. Avant 2010, la coopération politique entre la France, l’Allemagne, la Pologne et l’Ukraine, ensemble de pays totalisant 230 millions d’habitants, pourrait dans une certaine mesure, se transformer en partenariat, agrandissant la profondeur géostratégique de l’Europe [[Zbigniew Brzezinski, Wielka szachownica, Politeja, Warszawa, 1999, p. 85.]]. Pendant le deuxième mandat de Léonide Koutchma (1999-2004), les relations américano-ukrainiennes se sont détériorées du fait de différentes affaires parmi lesquelles peuvent être citées: les accusations de vente des systèmes radar « Koltchouga » à l’Irak portées par les Etats-Unis, l’assassinat du journaliste G. Gongadzé, les contrôles exercés sur les différents médias et la corruption endémique régnant dans le pays. Lors des élections présidentielles de 2004, les tentatives de manipulation du pouvoir en place ont entraîné une réaction immédiate de la part de Washington : le 24 novembre 2004 le secrétaire d’Etat Colin Powell déclarait que les Etats-Unis ne reconnaîtraient pas la légitimité du résultat des élections en Ukraine en raison des fraudes électorales. Il appelait à utiliser les moyens légitimes pour réviser le résultat des élections. Le jour même, la représentante officielle du gouvernement des Etats-Unis, Mme Buken, demandait aux administrations ukrainiennes de ne pas entériner le résultat des élections jusqu’à ce l’enquête sur les accusations…soit close. Le rôle des Etats-Unis pendant les élections présidentielles en Ukraine ait fait l’objet de controverses, allant jusqu’à susciter des accusations absurdes. Par exemple, il a été dit que Katérina Tchumatchenko, l’épouse du candidat à la présidence Ioushtchenko, ukrainienne d’origine américaine, était un agent de la CIA, que les Américains ont payé les manifestants qui étaient au Maїdan etc… L’évolution stratégique de l’Ukraine intéresse les Etats-Unis à divers égards : l’affaiblissement potentiel de la Russie ; la possibilité de renforcer la position américaine en Europe si, après son adhésion aux structures transatlantiques et européennes, l’Ukraine choisit la politique proaméricaine; l’exploitation du modèle ukrainien dans la mise en avant des transformations démocratiques. Dans ce sens, les Etats-Unis ont apporté un soutien déterminant aux organisations non-gouvernementales, qui jouent un rôle dans la création de la société civile et dans la liberté des médias, et ont menacé de réviser leur politique sur l’Ukraine au cas où les résultats falsifiés des élections seraient reconnus, impliquant une révision de l’aide financière apportée à Kiev. Il ne faut toutefois ni exagérer ni minimiser leur rôle au cours de la « révolution orange », laquelle a été réalisée en premier lieu par les forces du peuple ukrainien. L’un des axes de l’aide américaine privilégiera probablement le soutien des aspirations ukrainiennes à l’adhésion à l’OTAN et à l’UE. L’aide financière destinée à faire connaître l’OTAN devrait s’intensifier, un pourcentage important de la population ukrainienne percevant l’OTAN selon les stéréotypes de la guerre froide et se déclarant contre l’adhésion. Par ailleurs, les Etats-Unis devraient continuer à assister les organisations non gouvernementales locales et tenter de populariser leur propre perception du monde auprès de la société ukrainienne. Si les transformations démocratiques en Ukraine devaient se monter concluantes, le pays devrait devenir un exemple pour d’autres. Toutefois, dans leur acceptation de l’aide américaine, les dirigeants ukrainiens doivent à la fois tenir compte du poids et de la puissance des Etats-Unis mais également des divergences stratégiques et conceptuelles qui les opposent à certains pays de l’Union.- par exemple à propos des divergences, souvenons-nous de la France, pays à la force de frappe nucléaire, ou de l’Allemagne, géant économique, au sujet de l’Irak en 2003. En ce sens, les dirigeants de l’Ukraine en analysant les ressources de la puissance nationale, qui montrent que l’Ukraine n’est pas la Russie, ni non plus la Pologne, doivent chercher une place adéquate pour l’Ukraine dans l’arène mondiale où agissent des acteurs puissants comme les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Le pouvoir ukrainien doit apprendre à analyser ce que est utile précisément pour l’Ukraine, en s’appuyant sur son histoire et les particularités de sa civilisation, apprendre ce qui est positif chez les étrangers, et ne pas copier automatiquement sans réflexion profonde. Dans ce contexte, quel sens peut avoir la fermeture de l’Académie des Sciences d’Ukraine, ne laissant uniquement subsister que la science universitaire ; car aux Etats-Unis, il n’existe pas d’établissement identique à l’Académie des Sciences d’Ukraine (par comparaison, cela serait la même situation si en France on décidait de fermer le Centre National de la recherche scientifique – CNRS – semblable à l’Académie des Sciences d’Ukraine). Il est pourtant reconnu que sous l’Union soviétique les Instituts de l’Académie des Sciences de l’Union soviétique étaient à l’avant-garde dans le domaine des recherches fondamentales). La Russie – partenaire historique, stratégique et ambigu Le problème de la formation des relations de partenariat entre l’Ukraine et la Russie sont conditionnées par l’histoire : en 1654 la plupart des territoires de l’Ukraine contemporaine sont entrés dans l’empire russe, puis plus tard dans l’Union Soviétique. L’influence de Moscou sur Kiev a donc perduré plus de trois siècles [[Pendant longtemps on a appelé l’Ukraine « La Petite Russie » (Malorossija)]]. L’indépendance obtenue en 1991 a amené à une révision profonde des relations entre les deux Etats, qui représentent les nations slaves les plus peuplées. La perte de contrôle ce territoire, considéré comme appartenant à l’étranger proche, est perçue à Moscou comme un revers alors que l’immixtion du Kremlin dans la politique interne ukrainienne est perçue comme une menace contre les intérêts nationaux ukrainien. Les péripéties des élections présidentielles de 2004 ont pleinement révélé la nature complexe et conflictuelle des relations russo-ukrainiennes. Le 22 novembre 2004 Vladimir Poutine félicitait au téléphone le candidat à la présidence Viktor Ianoukovitch, alors même que les résultats des élections n’étaient pas annoncés officiellement. Dans la foulée, le Ministère des Affaires Etrangères russe reconnaissait les élections en Ukraine comme légitimes, se positionnant directement contre les revendications occidentales. S. Lavrov, Ministre des affaires étrangère faisait ainsi remarquer lors d’une conférence de presse tenue le 26 novembre 2004 : « Quand certaines capitales européennes déclarent qu’elles ne reconnaissent pas les élections, la thèse signifie que l’Ukraine doit être avec l’Occident » [[Viatcheslav Maliartchouk, « Pomarantcheva révolutsija ta evropejskyj faktor », Polityka i tchas, n° 3, 2005, p. 46.]]. Encore une fois l’histoire est le fruit d’une incompréhension. Le peuple ukrainien avait le droit légitime de faire un choix et ce choix n’a pas été fait dans les capitales européennes, ni de l’autre coté de l’Atlantique, ni au-delà de la frontière orientale ukrainienne mais il a été fait dans les bureaux de vote du pays. En dépit des incompréhensions nées de l’intervention russe dans la campagne électorale, le nouveau gouvernement d’Ukraine a du introduire davantage de pragmatisme dans ses relations le Kremlin. Selon le conseiller du porte-parole du parlement ukrainien, Iourij Scherbak, la Russie est un « très important partenaire stratégique » [[« Novij Oukraini – novou zovnichnu polityku », Polityka i tchas, n° 3, 2005, p. 13.]] pour l’Ukraine, reconnaissance explicite du rôle du facteur russe dans la politique étrangère d’Ukraine. Cette reconnaissance est également perceptible du côté européen et américain, la position de la Russie devant être prise en compte dans les processus d’adhésion à l’UE et à l’OTAN. En Occident, l’idée que le rapprochement de l’Ukraine de l’UE et de l’OTAN peut provoquer la tension des relations avec la Russie reste très présente. Cette tension est peut être plus apparente qu réelle. L’Ukraine grâce à sa position géopolitique et à ses liens différents avec la Russie (non seulement économiques mais aussi sociétaux, la plupart des Ukrainiens ayant des liens familiaux avec les Russes), est vouée à coexister et à coopérer avec la Russie. Mais l’Ukraine a ses propres intérêts nationaux et a choisi son modèle politique et d’intégration. Si les dirigeants des deux côtés avaient assez de bon sens et de sagesse, ils pourraient régler ces contradictions. Le président Viktor Iouchtchenko a réalisé sa première visite en Russie. A l’inverse, il est probable que certaines forces politiques tenteront d’instrumentaliser certains conflits existants en ne prenant en compte que leurs propres intérêts et en oubliant ceux du peuple, qui demande en premier lieu la stabilité. En termes conjoncturels, des tensions périodiques ne sont pas à exclure (presqu’île Touzla, flotte russe de Crimée). Par ailleurs la Russie dispose, par la régulation des cours des ressources énergétique vendues à l’Ukraine, d’un moyen d’influence déterminant sur Kiev. Il est donc essentiel que l’Ukraine évite, dans la mesure du possible, les confrontations avec la Russie, sans pour autant sacrifier ses intérêts nationaux, d’autant que les sources de conflits avec la Russie sont facilement exploitables par d’autres Etats. Pour l’Ukraine dans cette situation il est adéquat d’adopter une politique prévisible de continuité et de mise en avant des aspects positifs que l’Ukraine peut apporter à l’Europe dans son adhésion aux structures européennes. La France et l’Ukraine vers la nécessité de repenser et de renforcer leurs relations Les relations franco-ukrainiennes sont restées en retrait depuis 1991. La plupart des spécialistes français de l’URSS se sont réorienté vers l’analyse de la Russie post-soviétique alors que l’évolution politique de l’Ukraine au cour des dix dernières années n’a pas incité les responsables politiques et économiques français à s’intéresser à ce pays, essentiellement perçu à travers le prisme moscovite. Kiev de son côté n’a élaboré aucune stratégie clairement définie à l’égard de la France. Toutefois, la révolution orange offre une opportunité pour les deux pays. Selon Thierry de Montbrial (IFRI), la révolution peut être définie comme une bifurcation : « surtout, l’extraordinaire mouvement populaire qui se déroule depuis plusieurs semaines à Kiev, en dépit des conditions climatiques très dures, est un fait politique que retiendront les livres d’histoire comme un véritable bifurcation. Ce mouvement a manifestement été méthodiquement préparé, mais la seule logistique ne saurait expliquer son ampleur et sa durée. Et, comme toute bifurcation, celle-ci était difficilement prévisible » [[Thierry de Montbrial, « L’Ukraine joue son unité et son identité », Le Monde, 16 décembre 2004]]; ces évènements ont ouvert une nouvelle page des relations franco-ukrainiennes. L’Ukraine s’est retrouvée en première page de la presse française, a fait les gros titres des émissions de télévision et est devenue le sujet de séminaires et de conférences, organisés dans les centres français spécialisés dans l’étude des les relations internationales. La position officielle de la France sur les élections ukrainiennes a été assez réservée. Le 26 novembre 2004, au sommet de pays francophones au Burkina Faso, le président Jacques Chirac reconnaissait que les élections n’avaient pas été « tout à fait nettes » et souhaite « qu’un accord politique puisse intervenir » pour « éviter un drame dont l’Ukraine n’a vraiment pas besoin » [[Alain Guillemoles, Même la neige était orange. La révolution ukrainienne, Les petits matins, Paris, 2005, p. 75.]]. La France est perçue en Ukraine comme un pays hautement développé, berceau de la démocratie, comme un pays qui essaie de mener une politique active dans l’arène mondiale, comme l’un des membres fondateurs de l’Union Européenne, qui soutient instamment les valeurs européennes. Par conséquent, il n’est pas étonnant que la posture passive de la classe politique et de la diplomatie françaises lors de la « révolution orange » ait causé une déception dans certains milieux ukrainiens. Il faut souligner qu’en dépit de cette passivité officielle, certains députés français se sont distingués, en reconnaissant notamment l’importance du problème ukrainien pour l’Europe et l’utilité des perspectives d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Le député UMP, membre de groupe d’amitié France-Ukraine, Claude Goasguen déclarait lors d’une émission de radio, qu’avec le temps, l’Ukraine entrerait dans l’Union Européenne [[Entretien à France-Inter, 28 décembre 2004]]. Pierre Lellouche, député UMP et observateur de l’élection présidentielle 26 décembre, se montrait plus affirmatif et souhaitait «que le président de la République Jacques Chirac et le gouvernement fassent preuve d’autant de générosité (à l’égard de l’Ukraine) qu’à l’égard de la Turquie. Il est impensable de placer ce pays (l’Ukraine) derrière la Turquie, pis dans la catégorie des pays perdus. Ce serait dramatique si l’Europe oubliait les Ukrainiens qui sont aussi européens que les Polonais». Pierre Lellouche soulignait de plus que « les bureaucrates et les élites (français et européens) ont montré beaucoup de frilosité » envers l’Ukraine, « comme s’il y avait une espèce de ras-le-bol de l’élargissement. Et puis, il y a tous ceux qui ne veulent pas faire de peine à Poutine » [[www.archiquo.nouvelobs.com/cgi/une?date=20041227]]. L’événement significatif qui marque le passage vers une nouvelle étape des relations franco-ukrainiennes est la reprise des visites de haut niveau visant à renforcer le dialogue franco-ukrainien. Le 5 février 2005, le Ministre des Affaires Etrangères français Michel Barnier a effectué une visite en Ukraine au cours de laquelle il a rencontré le président Viktor Ioushtchenko, le premier ministre Ioulia Tymochenko et a mené les pourparlers avec le Ministre des Affaires Etrangères ukrainien, Boris Tarassiouk. Il est à noter que le Ministre des Affaires Etrangères français était le premier interlocuteur de ce niveau qui ait visité l’Ukraine après les événements de la « révolution orange ». Le premier ministre ukrainien Ioulia Tymochenko a effectué en France le 12-14 juin 2005 sa première visite à l’étranger. Elle a souligné qu’elle avait décidé d’aller en France car ce pays jouait le premier rôle dans la perspective européenne de son pays [[« Premier ministre d’Ukraine I. Tymochenko continue de croire à l’Europe », Le Monde, 13 juin 2005]]. Le résultat de cette visite fut la signature par la France et l’Ukraine lundi 13 juin 2005 à Paris de plusieurs accords économiques, notamment dans le domaine de la défense, à l’occasion de la rencontre entre le premier ministre ukrainien, Ioulia Tymochenko, et de M. Dominique de Villepin. Onze documents, mémorandums et accords dans les domaines de la construction aéronautique, de la défense et de la sécurité ont été signés. Ils ont notamment paraphé un contrat avec le consortium européen EADS et un contrat avec Sagem dans le domaine de la modernisation des hélicoptères ukrainiens. Selon l’AFP ni le montant, ni la teneur exacte de ces contrats n’ont été précisés [[« La France et l’Ukraine ont signé plusieurs accords économiques », AFP, 13 juin 2005]]. Le 22 juin 2005, le président ViktorIouchtshenko à son tour été reçu enFrance (sa premièrevisite officielle)où ila souligné que cettedernièresoutenait les aspirationseuropéennes de l’Ukraine et sa volonté d’adhérer à l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Si, avant la « révolution orange », l’Ukraine était inconnue de 90 % des Français, les événements pendant les élections présidentielles 2004 ont joué le rôle d’un catalyseur de l’intérêt des Français pour l’Ukraine et les Ukrainiens. Le renforcement des relations franco-ukrainiennes exigerait : -#Il est nécessaire d’avoir un bon niveau de contacts politiques. Jusqu’en 2005, il y a eu un manque certain de contacts bilatéraux franco-ukrainiens de haut niveau. -#Il faut renforcer l’approche stratégique du développement des relations franco-ukrainiennes qui pourraient s’appuyer sur la conception de la construction de l’Europe commune en tant qu’espace de sécurité et de paix et non pas sur le contexte exagéré d’une confrontation éventuelle de l’Ukraine et de la Russie en raison des aspirations ukrainiennes d’intégration aux structures européennes et euratlantiques. Dans ce sens, il est regrettable qu’aient été oublié les idées paneuropéennes des présidents français Charles de Gaulle (l’Europe de l’Atlantique à l’Oural) et François Mitterrand (la confédération européenne), qui sont basées sur l’ idée de coopération. -#Il faut que soient considérés comme un succès l’accomplissement d’activités et de projets d’une coopération bilatérale et non le nombre des accords signés car ils peuvent rester vides et irréalisés. L’analyse concrète peut déterminer les domaines où l’aide et l’expérience française peuvent jouer un rôle positif. Par exemple, il est connu que la France a transformé son armée de conscription en armée professionnelle et en Ukraine la professionnalisation de l’armée est annoncée comme l’une des priorités du président Ioushtchenko. Naturellement, c’est un domaine où la France peut apporter son aide. Il y a aussi un domaine d’excellence français, c’est le système du TGV, qui peut être intéressant pour l’Ukraine en considérant que les territoires français et ukrainien se ressemblent et que le problème de la rapidité des voyages se pose actuellement en Ukraine. -#Du côté français, il semble bien utile d’analyser les événements en Ukraine dans le contexte des péripéties de la création de l’état indépendant et du processus de la formation d’une nation. Trop dépendant de l’avis officiel de Moscou sur la réalité ukrainienne, la France court le danger de tomber dans un piège et d’exagérer certaines questions (par exemple, à propos du statut de la langue russe en Ukraine, il serait utile aux Français d’apprendre cela sur place et non pas l’intermédiaire des déclarations de certains politiciens russes). Dans le cas contraire, on risque de ne pas prendre en considération les aspects importants des réalités ukrainiennes. -#Du côté ukrainien, il est urgent de renforcer la dimension pratique des relations franco-ukrainiennes. Considérant qu’il existe une différence de mentalité (une logique cartésienne et un penchant pour le concret des Français, qui peuvent être interprétés par les Ukrainiens comme de la mauvaise volonté pour activer la coopération et le caractère affectif des Slaves, qui peut être traité par les Français comme un déséquilibre et l’absence d’envie de se concentrer sur les aspects pratiques de coopération), qui influe sur l’état des relations bilatérales. Cette différence de mentalité doit être prise en compte par les deux pays. -#Il serait utile pour la France de rester en contact avec les Ukrainiens qui ont effectué leurs études en France et qui travaillent dans l’administration ukrainienne, en leur donnant l’information et en les assistant dans la présentation de l’expérience et des approches françaises, qui parfois ne sont pas connues en Ukraine. En outre, il peut être utile d’engager en France des spécialistes afin d’expliquer les réalités ukrainiennes. -#En Ukraine, il faut considérer les relations franco-ukrainiennes comme l’un des indicateurs sur le chemin de l’intégration européenne. Le problème actuel concerne les garanties de normes et de comportement dans la conduite des affaires économiques ainsi que le respect du droit, car l’instabilité dans le domaine des affaires et l’absence de normes européennes rebutent les hommes d’affaires français, ce qui explique le bas niveau des investissements français. La Pologne, « l’avocat » de l’Ukraine aux structures européennes et euratlantiques La position de la Pologne à l’égard des aspirations européennes de l’Ukraine est cruciale. La Pologne offre un soutient appuyé aux aspirations européennes de l’Ukraine, soutien qui répond aux propres intérêts nationaux de Varsovie. L’intégration de l’Ukraine à l’Europe ou, dans le pire des cas, le maintien de l’Ukraine comme un Etat tampon entre la Russie et l’ UE, entre l’OTAN et le Traité de Tachkent, est une garantie de stabilité des frontières polonaises. A l’inverse, un rapprochement de l’Ukraine avec les structures dominées par la Russie (Espace économique eurasiatique ou au système de sécurité collective du Traité de Tachkent) placerait directement la Pologne sur la ligne de partage entre les organisations occidentales et pro-russes. Le soutien par la Pologne aux aspirations européennes de l’Ukraine procède donc d’une démarche pragmatique, qui ne diminue en rien les efforts consentis par le président polonais Aleksander Kwasniewski pour défendre les positions ukrainiennes. Pendant la « révolution orange », la Pologne a adopté une position active. Alexandre Kwasniewski soulignait le 23 novembre 2004, que « la Pologne dès le début a affirmé que les élections présidentielles seront un examen pour la démocratie ukrainienne. Malheureusement, on ne peut pas considérer le résultat de cet examen comme satisfaisant. Notre pays est convaincu que, pour l’avenir et la position de l’Ukraine dans le monde, l’important n’est pas tant le choix concret du candidat pour la présidence que le respect des standards internationaux et le moyen par lequel le président d’Ukraine sera choisi » [[le texte sur le site Internet www.prezydent.pl /x.node ?id=2011947]]. Kwasniewski a joué un rôle de médiateur essentiel, intercédant notament auprès de George W. Bush, Jacques Chirac, le président de l’UE, le premier ministre néerlandais J. P. Balkenende, Gerhard. Schroder, Javier. Solana, le président lithuanien V. Adamkus, le président tchèque V. Klaus, le président ukrainien L. Koutchma et V. Iouchtchenko. L’arrivée du groupe des médiateurs(O. Kwasniewski, V. Adamkus, J. Solana, Cimoszewicz) en Ukraine le 1er décembre puis le 6 décembre 2004 serait le résultat de ces consultations. Au Parlement européen également les députés polonais se sont montré actifs lors des discussions portant sur les élections et ont apporté un soutien à l’opposition ukrainienne. Néanmoins, on peut souligner que, si en France la « révolution orange » a conduit à la publication des nombreux articles et à la production d’ émissions sur l’Ukraine, en Pologne les sujets sure l’Uraine sont régulièrement présents dans les journaux, dans les émissions TV et dans les discussions politiques. L’activité de la Pologne pendant la « révolution orange » s’est inscrite dans sa stratégie sur l’Ukraine, dans les aspirations polonaises de rapprocher au maximum l’Ukraine des standards et des structures européens. Donc -#La Pologne présentera les événements de la « révolution orange » comme le succès des transformations démocratiques en Ukraine et comme un pas important dans le mouvement de l’Ukraine vers les structures européennes et euratlantiques. -#La Pologne favorisera activement l’Ukraine pour son adhésion à l’OTAN et partagera volontiers son expérience de l’adhésion. Le problème est le suivant – l’Ukraine pourra utiliser l’expérience polonaise partiellement car la situation de l’armée polonaise et de l’armée ukrainienne, malgré certains moments communs, présente des différences. En effet, l’Ukraine a hérité de l’Union soviétique d’une armée trop nombreuse. Par conséquent, sa réorganisation est un fardeau pour l’état ukrainien. En outre, le cas ukrainien est aggravé par la présence de la base de la flotte russe de la mer Noire en Crimée. -#La Pologne continuera à être « l’avocat » de l’Ukraine auprès des structures européennes et favorisera l’idée de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. On va utiliser fréquemment l’analyse polonaise et les conseils polonais sur les relations Ukraine-UE car pour les anciens membres de l’UE, l’Ukraine est loin géographiquement et culturellement et il semble qu’il n’y ait pas d’approche commune concernant les relations de l’UE avec l’Ukraine.

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L’arrivée au pouvoir en Ukraine du président Viktor Iouchtchenko est une occasion pour l’Ukraine de définir clairement ses aspirations européennes et transatlantiques. Il importe que Kiev dépasse les oppositions internes, mais aussi celle des pays européens et mette en évidence les avantages qu’elle peut offrir en termes géographiques, en termes économiques d’adhésion de l’Ukraine à l’UE et l’OTAN dans la politique étrangère et de sécurité de l’Ukraine. Pour l’Ukraine, il est important de ne pas manquer cette bonne occasion de présenter dans le monde l’intérêt des événements qui s’y sont produits et d’utiliser au mieux le soutien des pays de l’UE et de l’OTAN dans son élan vers ces objets stratégiques, malgré l’existence d’une certaine prudence au sein des pays de l’Occident sur la perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’UE et sur la date d’adhésion à l’OTAN. Le succès des transformations en Ukraine et la mise en œuvre des standards européens et otaniens rapprocheront l’Ukraine de son but. Ainsi l’Ukraine pourra se découvrir des atouts, par exemple la position de la population des pays de l’UE. La plupart des Européens sont favorables à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE à condition qu’elle corresponde aux critères de l’adhésion. Ce sentiment est apparu à l’occasion de sondages des populations de France, d’Allemagne, d’Espagne, d’Italie, de Grande Bretagne, et de Pologne fin février et au début du mois de mars 2005. La candidature potentielle de l’Ukraine a reçu plus des partisans parmi les Européens que la candidature de la Turquie qui a déjà commencé les négociations avec l’UE. ———————————- – Abstract The “orange revolution” in 2004, turning-point for the society of Ukraine, has changed the different domains of the Ukrainian policy. The foreign policy of Ukraine is a winning sphere of change of the president L. Kuchma regime to coming to power V. Jushchenko with his team. The “orange revolution” was a real catalyst of the world interest to Ukraine. Although some tensions with her strategic partner – Russia, Ukraine activated her relations with the organizations which this country is going to enter – EU and NATO and on the bilateral level with the United States, France and Poland. While the new Ukrainian team obtained the success and the sympathy on the world area it falls to the clan and oligarch’s battles. So the “challenge” for Ukraine is the necessity to regulate her domestic affaires and to obtain the progress in transformations, this is one of the most important factors of her hypothetical integration in European and Euratlantic structures.