Economie politique internationale – Introduction

La Russie doit-elle intégrer un accord économique régional avec l’Union européenne? Quel est l’intérêt, en matière de paix et de sécurité internationale, d’alliances stratégiques telles que la SADC en Afrique australe ? Comment l’infiltration du crime organisé dans l’économie légale profite-t-elle du vide institutionnel ? Les études économiques qui suivent aboutissent toutes à montrer l’importance des institutions pour la sécurité ou la prospérité nationale et internationale. De fait, la réflexion économique permet d’apporter un éclairage spécifique sur des questions relatives à la politique et à la sécurité, nationales ou internationale. Au cours des dernières années ont été développées des analyses purement économiques de la paix, des conflits et de la sécurité internationale, qui demeurent relativement dispersées et hétérogènes. L’article de [Jurgen Brauer et d’André Roux ->499] présente justement une revue utile des différents concepts utilisés par les économistes pour analyser ces thèmes, en soulignant l’intérêt d’une analyse des dépenses militaires et de la paix mondiale par la logique des biens publics internationaux. Les auteurs cherchent en outre à appliquer ces outils théoriques à l’exemple de l’Afrique australe, avec la SADC (Southern African Development Community). Ils s’interrogent sur les mesures qui pourraient être prises en matière de sécurité régionale, compte tenu des caractéristiques économiques et politiques de la région. Plusieurs principes susceptibles de conduire à la coopération, à la paix et à la sécurité régionales sont ainsi identifiés. La méthodologie de l’analyse économique permet aussi de développer une analyse originale de la question, cruciale aujourd’hui pour certaines économies, du crime organisé. Clotilde Champeyrache fait ainsi une présentation théorique de la pratique du blanchiment de l’argent, qu’elle relie à celles du racket et de l’usure. Son étude permet de souligner la logique financière, mais aussi productive, de ces comportements, et notamment de les expliquer par l’intermédiaire de concepts issus de la théorie économique. Cette réflexion aboutit à montrer que le phénomène de l’infiltration mafieuse dans l’économie légale, sous sa forme productive, apparaît comme un processus difficilement réversible sans une intervention ciblée des pouvoirs publics. Le problème de la corruption et de la coexistence d’une économie légale et d’une économie illégale est à nouveau évoqué, d’une manière appliquée et dans un sens plus large, dans une étude sur la question de l’intégration de la Russie à un Espace Economique Européen Commun. Ce thème a été étudié dans le cadre d’une étude du centre russo-européen pour la politique économique (RECEP), mis en place en 1995 par l’Union européenne. Ivan Samson, directeur de ce centre, présente avec Xavier Greffe[ une synthèse des principales conclusions du livre blanc -> 498]publié à l’échéance de leur mission. Ce document permet d’éclairer les différentes caractéristiques de l’économie russe et les enjeux d’une intégration future dans un espace économique européen. Des études statistiques montrent les bénéfices économiques et commerciaux que retirerait la Russie de son adhésion. Des réformes institutionnelles apparaissent cependant indispensables, au niveau du fonctionnement des marchés ou du système bancaire. L’ensemble de ces contributions permet d’insister sur l’importance du facteur institutionnel dans l’explication des performances (ou dysfonctionnements) économiques ou au niveau de la sécurité internationale. Certains avantages des alliances régionales (économiques ou stratégiques) sont également soulignés. L’analyse économique apparaît ici fortement complémentaire des analyses politiques des relations internationales. – Le sommaire de l’AFRI 2003