Introduction – MONDIALISATION, MULTILATERALISME ET GOUVERNANCE GLOBALE

Tous les quatre ans, les Jeux olympiques nous rappellent que le sport, c’est la guerre poursuivie par d’autres moyens. Guerre commerciale, avec la surenchère biaisée des candidatures officielles, la course aux sponsors et aux droits dérivés, mais surtout guerre idéologique, avec le prestige et la démesure, la mobilisation collective, l’exaltation de la jeunesse et le nationalisme des foules. Depuis le premier lancer du javelot, le sport reste la meilleure préparation militaire. Le Comité international olympique (CIO), né à la fin XIXe siècle de l’initiative privée de quelques individus – tout comme le Comité internationale de la Croix-Rouge (CICR) – a le statut d’organisation non gouvernementale, sans pour autant pouvoir être définie comme association à but non lucratif. Tout en exaltant la paix et la fraternité, le CIO se trouve au cœur d’enjeux de pouvoirs, accentués par la mondialisation du sport. C’est la troisième fois que l’Asie accueille des Jeux olympiques (JO) d’été, après Tokyo en 1964 et Séoul en 1988, mais on oublie que la séquence entamée par Berlin en 1936 aurait dû se prolonger à Tokyo en 1940…

Deux articles complémentaires reviennent sur cette problématique d’ensemble à l’occasion des JO de Pékin, celui de Gérald Arboit sur « Les Jeux olympiques, enjeux des relations internationales » et celui de Franck Latty, dans le fil de sa thèse, sur « Les Jeux olympiques et le droit international ». En échappant à tout cadre interétatique au bénéfice de la privatisation du sport spectacle, le CIO se comporte comme une multinationale, ayant son siège à Lausanne, et comme un acteur politique de plein exercice, avec sa propre diplomatie et sa propre justice. La fausse neutralité face aux crises internationales n’est qu’un alibi, alors que les décisions du CIO sont politiques par nature. En ce sens, le choix de Pékin, de préférence à Paris, pour accueillir les JO de 2008, n’était pas un choix technique, mais un pari géopolitique.

Si les ONG qui ont perturbé le passage de la flamme n‘ont pas ébranlé la sérénité olympique du CIO, il n’en va pas de même du scandale Madoff, qui l’atteint directement. C’est à l’occasion du Forum de Davos de 1999 que le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, avait lancé l’idée d’un « Pacte mondial » (Global Compact) pour moraliser la mondialisation. Catherine Colard-Fabregoule présente un premier bilan de cette initiative ambitieuse, qui a eu le mérite de consacrer la responsabilité des entreprises en matière de droits de l’homme « dans leur sphère d’influence », tout en évoquant de manière plus inquiétante une « complicité » à l’égard des violations commises par les Etats. Cette problématique a trouvé son prolongement dans les travaux pionniers de la Sous-Commission des droits de l’homme des Nations Unies, puis dans les rapports de l’expert indépendant sur les entreprises et les droits de l’homme, John Ruggie. De son côté, Mary Robinson, en lançant la Business Initiative for Human Rights, a créé une prise de conscience collective des multinationales, relayée en France par Entreprises pour les droits de l’homme, autour d’une dizaine de grands groupes, comme Areva ou Carrefour.

Si les engagements des multinationales sont assumés sur une base volontaire, ces dernières n’en acceptent pas moins de rendre des comptes – pour ne pas parler d’accountability – à travers des obligations de transparence, d’information et de contrôle. Bien plus, ces engagements volontaires correspondent à du droit dur, à travers la référence aux principes du droit international des droits de l’homme, qui s’impose à tous les Etats comme à tous les « organes de la société ». Sur ce terrain, les travaux de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de l’ONU, comme dans un cade régional ceux de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), vont beaucoup plus loin que la simple esquisse du Pacte mondial. Sans nul doute, nous aurons à traiter de manière plus approfondie cette question centrale pour la définition d’une nouvelle gouvernance internationale à la lumière des conséquences de la crise mondiale.

L’an dernier, plusieurs articles de cette rubrique étaient consacrées au changement climatique, avec son impact géo-stratégique, notamment dans le Grand Nord arctique. Le thème de la « sécurité humaine » mis en avant par la diplomatie canadienne depuis plusieurs années et illustré par la Déclaration de Saint-Boniface de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 2006, a une importante composante dans le domaine de l’environnement. Il était naturel de retrouver cette approche globale dans le cadre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui a toujours établi un « lien » substantiel entre les différentes corbeilles de son ordre du jour, comme le fait Henri Leval dans un article prospectif « La sécurité environnementale : combien de divisions ? ».

Crise environnementale, crise alimentaire, crise financière, crise économique…, le premier impératif de la gouvernance mondiale en gestation sera de répondre de manière globale à cet enchaînement de crises, en inventant de nouvelles régulations fondées sur des obligations intégrales et interdépendantes, afin de garantir la sécurité juridique de tous. Les Etats isolés comme les regroupements régionaux et plus encore les acteurs privés sont impuissants face à ces défis globaux. Face à la tentation du « chacun pour soi », la seule réponse possible est celle du multilatéralisme. Cette quête d’une nouvelle gouvernance, réconciliant légitimité et efficacité, peut paraître utopique, mais comme le disait le Baron de Coubertin, « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer… ».