Introduction. Zones dangereuses

Sitôt rentrée d’Afghanistan et après avoir mené avec succès l’opération Harmattan, l’armée française s’est trouvée engagée au Mali dans le cadre de l’opération Serval, consistant à éradiquer des bandes islamistes. De toute évidence, la France est appelée à y demeurer comme force d’intervention une fois que la boucle du Niger et Tombouctou auront été replacées sous la souveraineté du pouvoir en place à Bamako, dont on attend qu’il sache se comporter avec mesure avec les Touaregs, sans lesquels la pacification de l’Azawad ne sera pas possible. Cette intervention militaire française décidée dans l’urgence par le président Hollande appelle plusieurs commentaires.

Elle montre une fois de plus que les Français demeurent les seuls en Europe à vouloir, pouvoir et savoir intervenir militairement avec promptitude au cœur même du continent africain, dont les instabilités chroniques risquent de s’accentuer sous la double pression de l’absence de décollage économique, alors même qu’il connaît une pression démographique sans précédent. A l’horizon 2050, le Nigeria sera le troisième pays le plus peuplé de la planète derrière l’Inde et la Chine. Cette situation où la France intervient seule en Afrique n’est pas tenable et saine dans le moyen terme. La sécurité de l’Europe ne se joue plus, ou pratiquement plus, à l’Est, mais bien davantage outre-Méditerranée – de l’Algérie jusqu’au Kenya et de la Somalie jusqu’à la Mauritanie. Cette « solitude » française évoquée au début de l’opération Serval pose la question de la solidarité européenne face au danger de crises à répétition en Afrique. L’Europe semble toujours tétanisée par toute idée d’intervention. Comme le rappelait éloquemment Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen en janvier 2013, l’Europe impotente parle mais n’agit pas et dit aux Français : « on va vous envoyer les infirmières et allez vous faire tuer au Mali ».

En deuxième, lieu, à l’impotence européenne répond le fiasco américain. L’initiative, émanant de Washington, visant à entraîner l’armée malienne s’est retournée contre les intérêts occidentaux puisqu’une partie des soldats et officiers formés ont rejoint les bandes islamistes et les Français les ont affrontés sur le terrain. C’est le capitaine Sanogo, sélectionné par le commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM) pour un séjour d’entraînement aux Etats-Unis, qui est l’instigateur du coup d’Etat qui, en mars 2012, a déstabilisé le Mali, ouvrant ainsi la porte aux islamistes.

Enfin, la stabilité au Sahel et plus généralement en Afrique appelle une vraie « approche globale ». La déstabilisation du Mali est largement liée à ce qui s’est passé en Libye et a pu s’amplifier sous l’effet du problème lancinant des Touaregs. De la même façon, le mouvement fondamentaliste et sanguinaire Boko Haram s’explique par un prosélytisme fondamentaliste dont les émules sont largement épaulés et soutenus par certaines monarchies de la péninsule arabique, avec des prolongements en Somalie, qui reste un Etat totalement failli.