La capacité de réponse européenne ébranlée par le séisme à Haïti

Le séisme survenu le 12 janvier 2010 à Haïti est la première crise internationale « test » pour le nouveau dispositif européen prévu par le Traité de Lisbonne, selon lequel tous les services d’action extérieure (humanitaire, protection civile, développement, militaire, gestion des crises) sont réunis et coordonnés sous l’autorité d’une seule personne, la Haute-Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Mme Catherine Ashton. Mais la gestion européenne de la crise n’a pas convaincu par son efficacité ni sa coordination – notamment en termes de communication.

La dispersion. L’effort de l’UE dans son ensemble est considérable, mais il est dispersé. Les équipes de coordination du Service d’aide humanitaire (ECHO) et de la Cellule de protection civile (MIC), déployées rapidement, ont difficilement coordonné les secours envoyés sans concertation par 24 Etats européens. Et les 27 ministres des Affaires étrangères ont approuvé seulement le 25 janvier la mise en place d’EUCO, cellule de coordination de l’aide logistique basée à Bruxelles, sans s’accorder sur la nécessité d’une cellule unique de coordination sur le terrain.

La discrétion. Les différents services européens (ECHO, MIC, DG Dev…) tenaient des réunions de crise quotidiennes, mais la communication faisait défaut. Les communiqués de situation étaient publiés trop discrètement, et en anglais alors que la crise a lieu dans un pays francophone et que les efforts européens étaient surtout fournis par des pays francophones. Les déclarations de situation étaient trop rares et sans prévenir à temps la presse. Les réseaux sociaux et les outils de diffusion rapide de l’information n’ont pas été exploités (exception faite de la page ECHO sur Facebook).

Le manque de vision globale. Les informations publiées ressemblaient à un catalogue des moyens mobilisés. L’UE n’a fait l’effort de compiler les données – parfois sous-estimées ou incomplètes – ni des différents Etats membres, ni des différents services. Difficile dans ces conditions d’avoir une vue globale des forces européennes en présence, et les journalistes européens ont souvent dû recourir aux communications américaines.

L’insuffisante visibilité. Si l’aide financière européenne mobilisée est considérable, ce sont les Etats-Unis qui apparaissent omniprésents. L’UE ne fait pas le poids face aux 12 500 militaires américains. Par ailleurs, les sommes allouées par l’UE finançant des organismes partenaires, le drapeau européen est peu présent sur le terrain. Or, il faut être visible pour « exister », et l’UE ne semble pas avoir mesuré l’importance de la gestion de l’information de crise.

La faible réaction politique. Pour « exister » médiatiquement, il faut être présent dans les premières 24 à 48h d’une crise. Or, le premier responsable à s’être déplacé au nom de l’UE a été Karel De Gucht, Commissaire chargé de l’aide au développement et de l’aide humanitaire, plus d’une semaine après le séisme, et surtout après une quinzaine d’hommes politiques européens – venus à titre individuel et sans coordination. La polémique s’est concentrée sur Mme Ashton, mais il n’est pas certain qu’elle eut été moins critiquée si elle avait cédé à la « politique spectacle » en se rendant sur place (le Président haïtien avait demandé de limiter les visites diplomatiques qui gèlent l’espace aérien et entravent les secours). Son rôle est avant tout de coordonner la réponse européenne, ce qu’elle a fait tardivement : l’UE a commencé à discuter de la crise au niveau politique seulement le 18 janvier, lors de la réunion ministérielle extraordinaire sur l’aide à Haïti.

La Commission a mobilisé des financements, des hommes, du matériel et des moyens logistiques très rapidement, mais le manque de coordination rappelle l’absence de poids et d’unité politiques de l’Union.