Regard sur le monde (1ère partie)

L’actualité internationale, particulièrement riche ces dernières semaines, offre une image contrastée du monde d’aujourd’hui. D’un côté, semble souffler le vent doux et agréable de l’apaisement. Fort de la réussite de son projet d’assurance santé universelle, le Président Obama a réussi à rétablir la confiance dans les relations des Etats-Unis avec la Russie et avec la Chine, donnant lieu à un spectaculaire redressement de son image dans l’opinion, ce qui sans doute augure de nouvelles initiatives américaines, notamment au Proche-Orient. La crise économique et financière a d’ailleurs perdu en intensité ; une certaine reprise se manifestant, l’impression prévaut qu’on avait largement surestimé un choc parfois comparé au krach de 1929, ou qu’alors les remèdes dont on dispose désormais sont beaucoup plus efficaces qu’à cette lointaine époque. Cette équanimité diplomatique, avant tout d’essence occidentale, ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt, car, d’un autre côté, des tempêtes s’élèvent, aux causes diverses certes, mais qui donnent à l’observateur éloigné de la Terre un spectacle saisissant, celui d’une admirable sphère bleutée où des clignotants de toutes les couleurs signalent des dangers de toute sorte.

De nouveaux foyers d’instabilité

Pour s’en tenir aux événements politiques les plus récents, trois foyers se sont allumés en quelques jours, si l’on ose dire aux quatre coins de la planète. Au Kirghizstan, en quelques heures et au prix de plusieurs dizaines de morts, une révolution populaire, animée par l’opposition, a renversé le président Kourmanbek Bakiev qui lui-même était parvenu au pouvoir cinq ans auparavant grâce à un mouvement de même nature, sauf qu’entre temps le héros de la ‘ révolution des tulipes’ avait à son tour mis en place un système de gouvernement aussi répressif et corrompu que celui qu’il avait renversé.

En Thaïlande, la faction des ‘chemises rouges’ a de nouveau envahi le centre de Bangkok, paralysant le fonctionnement de l’Etat dans cette monarchie constitutionnelle affaiblie par l’hospitalisation prolongée du Roi, le plus ancien chef d’Etat du monde. Deux groupes s’affrontent régulièrement dans le pays, l’un et l’autre soutenus par une multitude de citoyens, les ‘chemises jaunes’, proches du Palais représentant la population des villes, les rouges, celle des campagnes.

Au Soudan, des élections présidentielles organisées sans le concours de l’expertise internationale, ont tourné à la confusion, les deux principaux candidats de l’opposition s’étant retirés de la compétition et le gouvernement ayant été obligé de prolonger la consultation qui aura duré près d’une semaine sans pour autant convaincre. Dans le contexte actuel, cet échec risque d’accélérer le processus de désintégration du plus grand pays d’Afrique.

Une dimension mondiale

Or, dans chacune de ces situations, la crise a une dimension internationale. Au Kirghizstan, aux environ de la capitale Bichkek, il y a deux importante bases militaires, à l’Ouest la base américaine, à l’Est la base russe. La première est exceptionnellement importante, la véritable plaque tournante des Etats-Unis dans la guerre qu’ils mènent en Afghanistan. Les premiers coups de téléphone de Rosa Otounbaïeva, ancienne ministre des affaires étrangères, actuellement premier ministre provisoire du pays, furent pour Vladimir Poutine et Barak Obama, assurant notamment à ce dernier que les intérêts américains ne seraient en rien remis en cause. En Thaïlande, l’économie repose en grande partie sur le tourisme international – il en ira ainsi d’un nombre croissant de pays du Sud à l’avenir – et cette activité est évidemment menacée par les conflits à répétition qui se succèdent depuis trois ans. C’est d’autant plus regrettable que jusque là le pays était en pleine expansion. Au Soudan, le Président Omar Al Bachir comptait sur l’élection présidentielle pour redorer son blason alors qu’il est inculpé de génocide par la Cour Pénale internationale et qu’il fait l’objet d’un mandat d’arrêt, rejeté il est vrai par l’Union Africaine et par de nombreuses chancelleries.

Ces croisements de l’interne et de l’international, hautement significatifs du processus accéléré de la mondialisation, sont comme une indication pour le futur : la stabilité du monde passe désormais par une évolution universelle vers la démocratie et l’Etat de droit, même si celle-ci est susceptible de prendre des formes différentes selon les sociétés, et à condition que les fondamentaux soient respectés, droits de l’homme, droits civils, droits politiques. C’est un programme qui est loin d’être rempli, notamment en Afrique, même si d’immenses progrès ont eu lieu depuis vingt ans, et pour l’Afrique francophone, spécialement depuis dix ans avec la position de principe qu’aura été la Déclaration de Bamako.

(À suivre)