Regard sur le monde (1ère partie)

L’opinion publique est aujourd’hui souvent déconcertée, même et surtout peut être en Occident. Habituée dans les pays développés à prendre ses aises, aussi bien dans l’ordre matériel que dans l’ordre spirituel, elle entend bien continuer à profiter des prix extrêmement bas des compagnies aériennes low cost – en hiver, on peut aller de Paris à Marrakech aller et retour pour 80 euros, la moitié du prix du voyage de deux jours en autobus- tout en n’admettant guère la moindre anicroche ; amateur d’essence et de kérosène, elle souscrit volontiers au plan des principes aux injonctions des écologistes d’autant plus acceptables qu’elles ne sont pratiquement jamais chiffrées dans toutes leurs conséquences ; même si la durée de la vie a augmenté de 20 ans en un demi siècle, elle ne transige pas sur un âge de la retraite qui, en dehors des métiers physiquement pénibles, progressivement de moins en moins nombreux, ne correspond plus à rien, d’aucuns entamant alors une nouvelle vie professionnelle. L’actualité internationale de ces dernières semaines a pourtant rendu très sensible la fragilité du monde dans lequel nous vivons.

Fragilités

S’il est un mot qui vient à l’esprit de l’observateur d’une actualité internationale toujours marquée par les catastrophes et les crises, c’est bien celui de FRAGILITE.

  • 1. Fragilité de l’écorce terrestre dont la destruction systématique se poursuit, en quelque sorte tranquillement, le discours écologiste étant jusqu’à présent incapable de renverser la vapeur. L’explosion d’une plate-forme pétrolière dans le Golfe du Mexique où l’exploitation off shore se poursuit intensément depuis 1945 est, certes, une première mais ce n’est pas un ’accident’. L’absence d’un système de sécurité, présent sur d’autres sites, en Norvège par exemple, semble bien à l’origine d’un dysfonctionnement inédit mais dans les conséquences risquent d’être catastrophiques pour les Etats-Unis qui connaitraient leur plus grande marée noire dont la mesure ne peut pas encore être prise puisque la fuite du pétrole n’est pas colmatée et que l’opération se présente très mal. Tout un écosystème est menacé, sans parler des conséquences économiques à une très grande échelle, et de la lourde responsabilité qui va peser sur l’une des plus grandes multinationales, BP, tout cela pour une maximisation des profits.

  • 2. Fragilité du système international, jamais mieux mise en évidence que par la suspension du trafic aérien dans de vastes espaces de l’Europe du Nord et du Centre pendant près d’une semaine à la suite de l’explosion d’un volcan islandais, d’ailleurs de taille réduite par rapport à ses nombreux voisins dans l’ile du Septentrion, et du nuage de cendres qu’elle a entrainé. En d’autres temps, cela serait passé inaperçu, le nuage restant invisible et sans danger pour les espèces vivantes semble-t-il, mais pouvant nuire au bon fonctionnement des réacteurs des avions. Le principe de précaution aidant, en l’absence de véritable précédent, les Etats et les compagnies n’avaient guère le choix. Que se passerait-il toutefois si de semblables circonstances se produisaient à une toute autre échelle et sur une longue période de temps, ce que n’excluent nullement les scientifiques, et s’il l’on devait se passer durablement du transport aérien ? l’hypothèse est loin d’être probable mais elle a fait les choux gras des magazines s’amusant à imaginer un extravagant retour au passé.

-*3. Fragilité, enfin, de l’Union Européenne, et spécialement de l’Euroland, avec la quasi faillite de la Grèce, les hésitations de ses partenaires à lui venir en aide, et le retour en force de la spéculation. La faiblesse de la gouvernance grecque était pourtant bien connue et l’entrée du pays dans la zone euro n’avait été rendue possible que par le truquage de ses statistiques économiques et financières. Ici, la réaction allemande mérite d’être analysée de près. Berlin n’a jamais fait le deuil du Deutschemark qui lui avait si bien réussi. Elle n’a accepté d’en sortir, sur les instances d’un Mitterrand peu favorable à la réunification germanique comme la plupart des Français de sa génération, que de façon purement apparente. Avec l’Euro, c’est l’ensemble des pays concernés qui entraient en réalité dans la zone Mark. Ayant, en effet, obtenu la garantie fondamentale que la Banque Centrale Européenne jouirait de la même indépendance que, naguère, la Bundesbank gestionnaire du Mark, elle pouvait s’accommoder de l’Euro. Or toute la question est là, ses vis-à-vis cherchant à tout prix à créer un gouvernement économique de l’Euroland susceptible de peser sur la Banque européenne, ce que l’Allemagne qui y serait minoritaire ne peut accepter. Les conditions de l’aide accordée à la Grèce sont draconiennes, la tutelle du Fonds Monétaire International ne lui étant pas épargnée, et les prêts européens ne lui étant promis qu’à un taux d’intérêt de 5%, supérieur de 2% au taux du marché – ce qui, comme il a été cyniquement observé dans le débat parlementaire français, en fera finalement une bonne affaire pour les prêteurs.

Les chiffres grecs font, cela dit, frémir. Le droit à la retraite était acquis jusqu’à présent à 53 ans – il serait maintenant porté, d’un seul coût, à 67 ans – et le paiement des retraites représenteraient un quart du Produit Intérieur Brut. La potion sera amère mais en ne voit pas ce qu’une opinion publique, même chauffée à bloc, pourra y changer.

(A suivre)

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