Regard sur le monde (2ème partie)

Lire le début

Un cœur politique

Si graves qu’ils soient, ces différents épisodes d’une société mondialisée pour le meilleur et pour le pire, pourraient sembler sans véritable rapport les uns avec les autres, alors qu’au regard des défis auquel le monde est confronté, il n’en est rien : en disséquant chacun d’entre eux, on découvre sans peine sous les replis plus ou moins adipeux des habitudes, un cœur politique.

  • 1. La crise grecque n’est que l’illustration, non seulement de la faiblesse politique de l’Europe, mais aussi des malentendus sur lesquelles l’Union est fondée, spécialement en matière monétaire où elle est d’ailleurs profondément divisée. En ce domaine, en le sait depuis toujours, la seule question est celle de la confiance. Lorsqu’elle est compromise, il faut donc la rétablir. L’Europe actuelle est forte éloignée d’un fédéralisme qui, quelques soient ses modalités, n’est, au mieux, qu’un programme à long terme. Toutefois, toute une série d’institutions et de règles s’apparentent à ce que certains ont appelé dès l’origine, même si l’expression tient de l’oxymore, un ‘fédéralisme partiel’. En matière monétaire, il faut précisément fédéraliser la confiance. Cela ne veut nullement dire qu’on doit sortir du système actuel d’une banque centrale indépendante, l’Allemagne ne saurait l’admettre, ayant dû pour sa part son salut à une monnaie libérée des incertitudes de la vie politique. Cela veut dire qu’il est indispensable de mettre en place un mécanisme européen de contrôle des comptes publics qui, sans peser à proprement parler sur les politiques budgétaires, soit à même de certifier la situation de chaque pays de l’Euroland, tout au long de l’année. L’embryon d’une institution de ce type existe déjà. Il faut lui donner pleine vie.

  • 2. La marée noire américaine n’est que le symptôme d’une menace générale. Les bonnes paroles ont assez duré et, sans se bercer d’illusions sur une autre vie possible, il convient de contenir l’arbitraire tant des Etats que des multinationales. La survie sur la terre étant en jeu, on veut croire que la sagesse l’emportera et que sera créée, probablement dans le cadre des Nations Unies, une Autorité progressivement en mesure de contrôler toutes les installations et touts les projets susceptibles de porter gravement atteinte à l’environnement. Elle devra être dotée de moyens considérables au plan scientifique et technique et jouir d’une totale indépendance, garantie par celui qui la dirigera – qui pourrait être d’ailleurs le Secrétaire général des Nations Unies. Une telle réforme peut paraitre utopique : à mon avis, sous la pression des événements, elle aura lieu et constituera même le projet mondial le plus important du XXIème siècle.

En attendant une gouvernance globale, inimaginable aujourd’hui, qui plus est ambigüe dans son principe, ce sera le seul moyen d’éviter que des initiatives irresponsables ne détruisent des continents entiers. Le président Obama vient de décider qu’aucun nouveau forage off shore ne serait entrepris par les Etats-Unis avant que ne soient connues toutes les responsabilités dans la catastrophe en cours. Fort bien, mais tout repose encore sur un seul Etat, au sein duquel l’alternance politique, intimement liée à la démocratie, n’en décrédibilise pas moins toutes les promesses.

  • 3. Une crise majeure du transport aérien est inévitable à moyen terme. Si ce mode de transport poursuit son expansion, jugée nécessaire par les industries impliquées dans ce processus, qui ne voit que, dans un monde surpeuplé, on parviendra un jour à la saturation du ciel dans de nombreuses régions – et elle a d’ailleurs commencé. Il faut donc reprendre la question, l’étudier sur le long terme, et faire des choix, mais ce ne sera possible qu’à l’échelle internationale. Il ne s’agit pas d’en revenir aux diligences, mais de tracer les voies d’une autre approche des déplacements de milliards de personnes.

Une première réponse se dessine, il faut accélérer l’évolution dans ce sens. A l’échelle régionale, les lignes ferroviaires à grande vitesse constituent une bonne solution de remplacement. L’Europe occidentale a fait ce choix, la Chine également, mais pas vraiment les Etats-Unis. Les TGV se multiplient néanmoins, les derniers projets en date concernant le Brésil, Sao Paolo – Rio, que le Maroc, Tanger – Casablanca. On devrait ainsi limiter l’essor du transport aérien – à une condition toutefois qui n’est pas actuellement toujours remplie, que les tarifs ferroviaires soient attractifs.

Imaginer une politique coordonnée à l’échelle mondiale devant un tel défi est difficile ; ce sera pourtant nécessaire. Il conviendra aussi de faire évoluer les mentalités et de limiter dans les esprits la passion de la vitesse et du déplacement à tout prix. Il ne s’agira pas pour autant de se livrer à une nouvelle propagande, mais plutôt de lutter, au moins spirituellement, contre la publicité actuelle qui, en ce domaine comme en bien d’autres, l’automobile en particulier, est quant à elle une véritable propagande. La sagesse ne régnera jamais sur le monde par un simple appel à la raison, la folie fait partie de la nature humaine, mais il arrive plus souvent qu’on ne pourrait le croire que la nécessité fasse loi.

De singulières disparités

L’optimisme est la chose la moins partagée aujourd’hui mais, plus étonnant encore, ce sont les sociétés développées qui versent le plus volontiers dans la dépression, comme si elles ne pouvaient plus vivre que sur la défensive. Quelles que soient les limites de son système actuel, dont l’évolution est tout de même notable, la Chine semble bien leur opposer un optimisme foncier, lié sans doute à une propagande qui n’a pas disparu, mais sans doute aussi au rythme extraordinaire des progrès accomplis en trente ans. Certes ils sont par exemple allés de pair avec une profonde dégradation de l’environnement, mais la Chine l’a compris et elle est en train de devenir l’un des champions des industries environnementales.

De cette attitude dynamique, le Brésil est aujourd’hui un bon exemple, au moment où une femme est sur le point d’en devenir le chef de l’Etat, qui l’eût cru il y a encore 20 ans ? Le pays se caractérise de plus en plus par une politique étrangère indépendante et sera amené à jouer un rôle majeur dans le siècle qui commence.

A cette image, en opposera peut-être celle d’un royaume de Belgique en train de se défaire sur une question linguistique dérisoire, même si la symbolique flamande trouve sa légitimité dans le passé. Aujourd’hui, sait-on-bien, comme on dit Outre-quiévrain, que l’arabe est plus parlé à Bruxelles que le flamand, pour ne pas évoquer l’anglais…Pendant ce temps, le Parlement belge retrouve un court instant son unanimité pour adopter une loi qui interdit le voile intégral, et pour faire bonne mesure, le casque intégral des motocyclistes…