Introduction

Les quatre articles de cette rubrique, qui concernent soit la politique étrangère de la France, soit la politique de défense et la sécurité de ce pays, s’inscrivent tous dans le contexte – années 2007-2008 – de la présidence de Nicolas Sarkozy, le sixième président de la Ve République. Ces politiques s’inscrivent dans un monde globalisé, où il n’existe plus de frontière hermétique entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure.

L’article de Gilles Andréani ouvre la rubrique en brossant un tableau très complet et très précis des premières décisions diplomatiques prises par le chef de l’Etat. La question centrale de l’analyse porte sur le point de savoir si la rupture dans ce domaine l’emporte sur la continuité par rapport à ses prédécesseurs. L’auteur met en relief deux ruptures très nettes : les relations transatlantiques et le rééquilibrage opéré dans le conflit israélo-palestinien. Le « retour en Europe » et une « présidence européenne miraculeuse » ne sont pas contestés. Quant à l’Union pour la Méditerranée (UPM), elle présenterait des points communs avec une nouvelle « confédération », un peu sur le modèle de celle avancée par F. Mitterrand en décembre 1989 pour rassembler les Etats européens. Dans le même temps, G. Andréani souligne l’échec vis-à-vis de la Chine et l’incompréhension en Afrique. Il rappelle enfin le cadre institutionnel que fixe la Constitution de 1958, le style et l’équation personnelle du Président jouant d’ailleurs ici un rôle. Le lecteur ne manquera pas de se reporter aussi au Livre blanc sur « La France et l’Europe dans le monde » à l’horizon 2008-2020 pour compléter ces réflexions.

Patrice Buffotot, lui, analyse le nouveau Livre blanc de 2008 sur « La Défense et la sécurité nationale », le troisième publié depuis 1958. Le premier avait été élaboré par Michel Debré en 1972 et le suivant par Edouard Balladur en 1992. Sont étudiés successivement la procédure d’élaboration du Livre blanc (les travaux de la commission), ses grands axes, ses spécificités (création de nouvelles structures, relation UE-OTAN, rapports avec l’Afrique, projet de service civique) et les réactions et les études complémentaires relatives à ce document important. Si les fondamentaux de la défense française ne sont pas remis en cause – option nucléaire et stratégique de la dissuasion –, l’impératif de modernisation conduit à des réformes du modèle français d’armée (importance du renseignement, création d’un Conseil consultatif de défense comme aux Etats-Unis, reformatage des bases, réduction des effectifs).

Dans ce contexte, le mouvement du pôle de renseignement intérieur, avec la mise en place, en juin 2008, de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), apporte au gouvernement un instrument opérationnel très précieux, d’autant que le renseignement participe de la stratégie de puissance et de la diplomatie d’influence – à cet égard, il est intéressant que le Livre blanc ait porté ce problème au cœur des réflexions sur la défense et la sécurité nationale, les deux aspects étant inséparables. J.-F. Clair et P. Dahan, spécialistes du sujet, présentent une étude aussi pointue que détaillée.

L’article d’A. Bourgi vient éclairer, enfin, la politique africaine de la France, à propos de laquelle il est bien trop tôt pour pouvoir parler de « rupture ». Le titre choisi par l’auteur est dépourvu de toute ambigüité : « Aux racines de la Francafrique : la dégradation de l’image de la France en Afrique ». Après avoir rappelé la particularité des relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique noire, puis l’interventionnisme français maladroit pour soutenir les régimes en place – les exemples ne manquent pas –, sans oublier le malheureux discours prononcé à Dakar par N. Sarkozy le 26 juillet 2007 – corrigé ensuite au Cap le 28 juillet 2008 –, il était naturel de constater l’« irrésistible déclin de la France en Afrique », son prestige, son rayonnement et son influence. La conclusion est particulièrement bienvenue. En effet, au-delà des nécessaires « adaptations » que la France doit opérer en Afrique, pour ne pas laisser le champ libre à des puissances étrangères, c’est surtout le « regard sur l’Afrique qui doit radicalement changer et, inversement, celui de l’Afrique sur la France », l’usage de la langue française, cet outil exceptionnel de communication, devant rapprocher et réconcilier dans un nouvel esprit de coopération les deux parties, liées par d’innombrables liens historiques, politiques, diplomatiques, économiques, militaires et culturels.